24.07.2008
Diego Alatriste, le cinquième mousquetaire
"Ce n'était pas l'homme le plus honnête, ni le plus pieux, mais c'était un homme courageux. Il s'appelait Diego Alatriste."
Amateurs de romans de cape et d'épée, de roman d'aventures, de romans-feuilletons, vous allez être servis. Arturo Pérez-Reverte est le Dumas du XXIe siècle et son capitaine Alatriste est le cinquième mousquetaire !
Arturo Pérez-Reverte est né en Espagne en 1951. Il obtient sa licence en Sciences politiques et en journalisme puis part travailler comme reporter et correspondant de guerre pour la télévision espagnole, notamment pendant la crise du Golfe et en Bosnie.
En 1986, Arturo Perez-Reverte se lance véritablement dans une carrière littéraire. Ses romans seront des succès mondiaux et remportent également ne série de prix littéraires : Le Tableau du maître flamand reçoit le grand prix de littérature policière en 1993 et La Peau du tambour le prix Jean Monnet en 1997. Il publie de nombreux ouvrages, comme Le Cimetière des bateaux sans nom ou encore Le Peintre de bataille en 2007. Certains de ses romans auront même le privilège d'être portés à l'écran : Le club Dumas ou l’ombre de Richelieu, publié en 1993, a inspiré le film La Neuvième porte de Roman Polanski tandis qu'un film d'Agustin Diaz Yanes vient de mettre en scène les fabuleuses aventures du Capitaine Alatriste.
Le Capitaine Alatriste est le nom du premier tome d'une longue série de roman racontant les péripéties Diego Alatriste, surnommé "Capitaine" par ses compagnons d'armes dans l'Espagne corrompue et décadente de Philippe IV. Cet ancien soldat de la guerre des Flandres traîne ses bottes dans les tavernes et survit grâce à son habilité à user de sa lame.
En fidèle disciple ou héritier d'Alexandre Dumas, Arturo Pérez-Reverte nous emmène avec lui dans une aventure intense sur fond de complot politique et de conflits religieux. L'action est reine dans cette série qui multiplie les intrigues, les duels et les rebondissements, et on ne s'ennuie pas une seconde. Les mêmes ingrédients qui firent le succès des Trois Mousquetaires se retrouvent dans l'oeuvre de Pérez-Reverte : aussi bien dans la manière d'écrire (contexte historique bien ancré, alternance de moments forts et de pauses narratives pour créer un effet de suspens réussit qui tient le lecteur en haleine du début à la fin, ...) que dans les thèmes (aventures rocambolesques d'un héros au XVIIe siècle, intrigues politiques, affaires de coeur ... ). L'auteur s'amuse même à faire quelques allusions à l'oeuvre de référence.
Si la forme de "roman-feuilleton", caractéristique des oeuvres de Dumas, ne rencontre plus énormément de succès, elle a été remplacée par l'étalement des aventures de Diego Alatriste sur une longue saga (6 tomes publiés actuellement).
Une saga d'ailleurs qui est un véritable trésor pour une analyse narratologique tant elle utilise bien toutes les astuces narratives possibles. Le narrateur jongle avec les "prolepses", "analepses", "paralipses" et autres "metalepses", pour le plus grand plaisir du lecteur et pour jouer de manière intelligente avec les effets de suspens tout au long du récit.
Enfin, ce récit de Pérez-Reverte est sans doute lui aussi à replacer dans cette tendance déjà évoquée qui remet peu à peu le roman d'aventures au goût du jour.
Un roman d'aventures décoiffant, un héros qui vient combler un manque dans le champ littéraire de la fin du XXe, début du XXe siècle, un trésor narratologique, un bonheur pour ceux qui relisent sans arrêt les livres de Dumas et de Féval. Bref, si vous ne l'avez pas encore dans vos mains, courrez vous le procurer dans les plus brefs délais !
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Arturo Pérez-Reverte, Capitaine Alatriste, Seuil, Point, 1996.
- Les bûchers de Bocanegra, Seuil, Point, 1997.
- Le Soleil de Breda, Seuil, Point, 1998.
- L'Or du roi, Seuil, Point, 2000.
- Le Gentilhomme au pourpoint jaune, 2003.
- Les corsaires du Levant, 2007
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14.07.2008
La bande dessinée aussi a ses auteurs : Fred Jannin
La Bande Dessinée ou le «neuvième art» compte parmi les formes d’expression les plus vivantes et créatives de son temps. Le Particule des Manches se propose de vous faire découvrir quelques auteurs belges qui méritent qu'on plonge quelques instants le regard et les pensées dans leurs ouvrages.
Frédéric Jannin est un artiste belge comme on les aime. Dès sa naissance, il a reçu trois dons : la musique, le dessin et l'humour. Et ces trois dons, il n'a eu cesse de les exploiter tout au long de sa carrière dans ses bandes dessinées, ses chansons, ses sketchs, ses émissions radio, à la télévision, ... autant dire, partout où il a su trouver une place pour s'exprimer. Dès son enfance, Frédéric Jannin se passionne pour la bande dessinée et, hasard ou destin, il se retrouve assis au même banc d'école que Thierry Culliford, fils de Pierre (alias Peyo). Dans un premier temps, les deux amis s'essayent à la musique jusqu'à ce que Yvan Delporte les invite à participer à un supplément qui veut rassembler ce qui se fait le mieux en bande dessinée : Le Trombone illustré - fondé par ce dernier et Franquin - qui commence à faire de l'ombre au magazine dans lequel il est inséré, Le Journal de Spirou. Le supplément accueillait alors les auteurs les plus avant-gardistes tels que Godlib, Loup, Hausman, Alexis, ... Cullifort et Jannin deviennent les benjamins de l'équipe et publient les premières planches de Germain.
Lorsque le Trombone illustré s'éteint en 1977 après 30 numéros, Germain, le héros de Jannin disparaît un moment avec lui. Pendant ce temps, Frédéric collabore avec deux géants : Franquin et Delporte sur un projet original : Arnest Ringard et d'Augraphie. Il enchaîne ensuite avec Les collectioneurs, série de gags écrits par Delporte. En novembre 1978, le nouveau rédacteur en chef réussit à faire renaître Germain aux côtés de Gaston et Boule et Bill.
Pourtant, bien que Germain soit publié dans le journal, l'éditeur de Spirou n'acceptait pas encore que les planches conçues pour le Trombone illustré, le fameux supplément dont l'humour noir n'avait pas plu à l'éditeur, soit rassemblée en album. C'est pourquoi le premier album de Germain et Nous est publié en 1979 sous le label "Fluide Glacial", fondé par Gotlib. Cette même année, Culliford, comme il l'avait annoncé, laisse Germain sans scénariste pour s'occuper d'autres affaires outre-Atlantique.
En, 1984, il dessine Jimmy Laventure scénarisé de la Royère pour Dargaud. Parallèlement à ses activités de dessinateurs, Jannin joue de la musique dans le groupe les "Bowlings Balls", groupe lancé en même temps que la parution de Germain dans le Trombone et avec "Zinno". Il commence également à participer, dés 1989, à différentes émissions télévisées avec l'inoubliable bande des "Snuls" sur Canal+ Belgique. Stefan Liberski avait été désigné par Canal pour engager une bande de rigolards pour réaliser une émission télévisuelle d'humour typiquement belge. C'est ainsi que Frédéric Jannin va collaborer à la télé et sur les ondes radio pendant quatre ans avec Sergio Honorez, Kris Debusscher et Nico Fransolet. Ainsi naissent les Snuls (Nul en Bruxellois), influencé notamment par les Monty Python. Le succès de l'émission pousse Frédéric à arrêter Germain pour pouvoir écrire les émissions. La collaboration des Snuls ira même jusqu'à la sortie d'un film : Le film belge.
En janvier 1995, on peut voir Jannin en compagnie de son compère Liberski dans "J'aime autant de t'ouvrir les yeux", une émission hebdomadaire de sketches très minimalistes. En avril 1996, les désormais inséparables compères publient Les aventures de petit Jules et pépé Jules chez Casterman.
Désormais, Frédéric Jannin fait également partie du noyau du "Jeu des dictionnaires" et trouve encore le temps d'écrire une nouvelle série : Que du Bonheur ! sans oublier "Twin Fliks", "la Télé infernale", "Benoît Brisefer", ... et plein d'autres choses.
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Sources : Frédéric JANNIN, L'intégrale Germain et nous, Le Lombard, 2003, 4 tomes.
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05.04.2008
Paralittérature : un gros mot pour plusieurs petites choses
"Tout le monde, nous semble-t-il, fait la différence entre Benjamin Castaldi et Julien Gracq", prétend Éric Nolleau*. Oui mais, si tout le monde différencie ces deux auteurs, rangeant Gracq dans la « bonne littérature » et Castaldi dans la paralittérature, faut-il pour autant classer ce dernier au même rang que Simenon, Sade, Tolkien ou Rowling ? A nouveau, les lecteurs sont à même de faire une différence. Pourtant, tous se rangent sous l’appellation commune de paralittérature.
Ces paralittérature son défendues vivement par Daniel Fondanêche dans son ouvrage Paralittératures. Il milite pour la reconnaissance de ces oeuvres qui, oubliées ou boudées par les chercheurs et les critiques, se révèlent souvent intéressantes, peut-être parfois plus pour leurs contenus, certe, que leurs pour qualités formelles. Cependant, Danièle Fondanèche, divisant les paralittératures en plusieurs socles, ne prend pas le temps de les différencier clairement et regroupe sous cette appellation toutes les formes de littératures marginales. Pourtant, une distinction devrait encore être définie dans cette vaste productions que la "bonne littérature" tend à marginaliser.
Il faut en effet distinguer deux grandes catégories dans cette littérature "hétérodoxe" : les "littératures éphémères" ou les "littératures éternelles", comme les baptisent Dominique Viart et Bruno Vercier dans l’introduction de Littérature française au présent**.
Nous avons donc d’une part la littérature éphémère. Cette forme de littérature qui est plus attentive aux exigences du marché qu’à la littératité. En effet, reflétant les modes et les humeurs d’une époque, elle cherche avant tout à se vendre en provoquant des scandales, en se conformant au goûts et aux envies du moment. Cette frange de la littérature se voit souvent investie par les "people", entendez par là, tous les chanteurs, vedettes de télévision, hommes politiques, acteurs, sportifs, ... qui sont aussi éloignés de la littérature que ne l’est Flaubert du football. Tous ces ouvrages, bien que rencontrant quelque fois un franc succès, ne survivront pas longtemps dans la mémoire des lecteurs et encore moins dans celle des critiques.
D’autre part, nous sommes face à la littérature éternelle : cette littérature qui, malgré sa condition marginale, continue d’être lue et relue. Souvent, ces œuvres appartiennent à des genres tellement codifiés qu’ils relèvent plus de l’artisanat que d’une véritable création. Ils reproduisent tout en faisant varier quelques ingrédients, les mêmes recettes. Nous pensons par exemples aux romans policiers, aux romans sentimentaux, aux romans historiques, … Pourtant, ils continuent à plaire à l’imaginaire des lecteurs et à les divertir. Leur but avoué n’est pas de jouer avec les exigences formelles mais, de nous amuser tout en nous instruisant. C’est pour cela sans doute qu’aujourd'hui encore, elles continuent de vivre et de connaître un succès important.
Il convient donc lorsque nous parlons de paralittérature, soit de savoir distinguer les deux catégories que ce terme contient, soit de parler plutôt de littérature éphémère et de littérature éternelle (ajoutez le préfixe « para » si vous ne supportez pas de les voir nommées de la même manière que ce que vous considérez comme La Littérature). Bien sur, elles se distinguent évidemment toutes les deux de la « bonne » littérature, c’est-à-dire, celle qui sans avoir pour autre but que celui de nourrir l’imaginaire des lecteurs, ne meure pas d’une saison à l’autre et résiste mieux aux effets de mode. Mais, tout ce qui se trouve sous cette appellation ne relève pas des mêmes exigences. Il faudra donc essayer de s’en rappeler lorsque péjorativement, nous avons tendance mélanger tous ces auteurs.
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* NAULLEAU, É., Au secours, Houellebecq revient !, Paris, Chiflet&Cie, 2005
** VIART D. & VERCIER, B., La littérature au présent, 2e éd., Paris, Bordas, 2008.
22:44 Publié dans Paralittératures | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paralittérature, fondanèche, littérature épéhère, littérature éternelle
09.03.2008
La bande dessinée aussi a ses auteurs : Yves Swolfs
La Bande Dessinée ou le «neuvième art» compte parmi les formes d’expression les plus vivantes et créatives de son temps. Le Particule des Manches se propose de vous faire découvrir quelques auteurs belges qui méritent qu'on plonge quelques instants le regard et les pensées dans leurs ouvrages.
Yves Swolfs est un talentueux dessinateur belge au style réaliste, précis, avec une façon de travailler ses personnages et de soigner ses décors remarquable. Outre un grand talent de dessinateur, il a aussi un réel don de scénariste. Ses histoires transmettent énormément d’émotions. Et derrière ses personnages, il n’hésite pas à s’engager et nous donner un autre aperçu de sa réalité. Après une brève biographie de l'auteur, nous vous proposons un entretient avec Yves Swolfs qui a accepté de répondre à plusieurs de nos questions. Entretient où l'on parlera du rapport dessinateur-scénariste, où l'on frôlera l'interprétation avec l'auteur et où on parlera de bande dessinée et de cinéma.
Yves Swolfs naît en Belgique le 24 avril 1955 à Bruxelles.
A la fin des années 70, il suit les cours de Claude Renard à l'Institut Saint-Luc de Bruxelles.
En 1978, il publie son premier récit dans le deuxième volume du Neuvième Rêve, série d'albums collectifs des étudiants de l'atelier
Dès 1980, il commence à dessiner Les Chiens meurent en hiver, la première aventure américaine de Durango, cow-boy solitaire à la mode du western spaghetti, largement inspiré des traits de Clint Eastwood. La série sera tout d’abord publiée par les Editions des Archers et sera rachetée par Dargaud dix ans plus tard.
En 1987, Swolfs commence sa collaboration avec Glénat en pré-publiant dans le magazine Vécu la série Dampierre dont il crée à la fois le scénario et les dessins le temps de deux albums. Ensuite, il laissera à Eric puis à Legein le soin de s’occuper du dessin, n’assumant plus que le scénario.
En 1994, Yves Swolfs va délaisser quelque peu Durango pour s’attaquer à un autre genre en lançant Le Prince de la Nuit, toujours chez Glénat et qui va connaître un succès mérité. Assurément, c'est pour le moment sa série la plus aboutie et la plus mature. Il a récemment attaqué en collaboration avec Marc Rénier un western intitulé Black Hills, également publié par Glénat, ainsi que Vlad, réalisé avec Griffo pour Le Lombard.
Doué pour le dessin au point de s’être détaché de toute influence, Swolfs possède également de grandes qualités de scénariste. Dernièrement, il s’est lancé dans une série médiévale : Légende, publiée aux Editions Soleil (3 tomes parus) dont il assure à la fois le scénario et le dessin. Sujet par lequel nous avons décidé de commencé l'entretient.
Particule des Manches : Monsieur Swolfs, on observe que vous prenez en charge entièrement certaines séries comme Durango ou le Prince de la nuit, quels sont les avantages ou les inconvénients d’être à la fois auteur et dessinateur ?
Yves Swolfs : Des tas d’avantages, c’est-à-dire qu’on ne dépend de personne donc on dessine ce qu’on a envie. En plus, j’ai la chance d’avoir quantité de scénarios de réserves et d’avoir de l’imagination à revendre. Je ne vois donc pas pourquoi je prendrais quelqu’un d’autre pour m’épauler. C’est bien une forme d’indépendance de travailler seul. Le seul problème qui existe c’est que l’on ne peut se reposer sur quelqu’un d’autre et que toute la responsabilité de la qualité dépend de moi et de moi seul…Quand on travaille à deux, l’un porte un regard sur le travail de l’autre et la critique est immédiate. C’est un certain confort. Je sais que lorsque je travaille en tant que scénariste pour d’autres dessinateurs, on discute et l’on peut changer l’une ou l’autre chose, apporter des modifications. Le fait de travailler seul est très agréable à beaucoup de niveaux mais un peu moins confortable.
Part. :Et vous n’avez jamais été tenté de dessiner pour d’autres ?
Y.S. :Non, pas du tout, parce que je n’ai déjà pas assez de temps pour dessiner tout ce que j’ai comme projets de scénarios dans mes tiroirs donc je me suffis à moi-même.
Part. :Quand vous donnez un scénario à un autre dessinateur, est-ce que vous transmettez des indications ou vous le laissez totalement libre ?
Y.S. :Je donne des indications par écrit. Je décris la scène avec les points essentiels qui doivent se trouver dans la case pour une bonne compréhension. Ensuite, je lui laisse le plus de liberté possible. Étant moi-même dessinateur, je sais que plus on laisse de liberté dans le découpage et la mise en scène, puis le dessinateur s’investit dans la série qui devient la sienne au même titre que le scénariste.
Part. :Aucune information sur les personnages ?
Y.S. :Sur certaines caractéristiques, sur ce qui me semble nécessaire, oui, bien sûr.
Un personnage possède une caractéristique bien précise qui colle bien à sa personnalité. Parfois le dessinateur respecte mes consignes, parfois il m’en propose d’autres. Étant moi-même dessinateur, il me dise que je lui laisse beaucoup de liberté, de champ libre. Je sais que ce n’est pas toujours le cas pour d’autres scénaristes qui ne dessinent pas.
Part. :Lorsque vous vient une idée pour une bande dessinée, ce sont d’abord les images ou d’abord l’histoire qui vous vient à l’esprit ?
Y.S. :En général, c’est l’histoire dans un premier temps. Quelquefois ce sont les personnages. Légende, est quand même née au départ de l’idée du personnage de chevalier.J’ avais envie de traiter une histoire de chevaliers et même de l’enfant qu’il était, avant qu’il ne devienne un chevalier. Donc tout est parti de cette idée et après, tout s’est développé.
Part. :Si on observe tout ce que vous avez imaginé, on voit que vous dessinez toujours dans contexte passé. Durango, Prince de la nuit, Légende,…. Vous laissez Vlad, James Healer à d’autres dessinateurs. Y a-t-il des raisons particulières qui motivent votre choix.
Y.S. :Dessiner du contemporain me semble totalement irréalisable. Je ne vais pas plus loin que les années trente et encore je trouve l’exercice difficile. Je préfère les époques plus anciennes : Moyen Age, Western, ….. que la réalité du monde d’aujourd’hui.
Part. :Vous avez choisi dans le Prince de la nuit, d’ancrer vos personnages dans des périodes charnières : la Révolution, la Sainte Inquisition, …. Le choix de ces périodes est-il délibéré ?
Y.S. :Oui, c’était la volonté vraiment dans la globalité du scénario. Une des caractéristiques du scénario réside dans le fait de traiter chaque fois des périodes charnières de la civilisation judéo-chrétienne, basée sur le catholicisme. La première étant le Moyen Age, puis la Renaissance avec la chute et le déclin du catholicisme. Ensuite, la Révolution française qui est aussi une période de grosse remise en question. Les années 1800 où arrivent le positivisme et le romantisme….. Ce sont des grands jalons finalement. Alors, en parallèle à cela, il y a un personnage de la lignée des Rougemont qui colle à l’actualité de la période. Mais ce personnage est en contradiction avec les convictions du moment ce qui crée un inconfort qui permet au vampire d’essayer de prendre possession de lui. Le personnage y échappe chaque fois juste à temps. Mais il est en quelque sorte en déséquilibre. D’où la venue du vampire qui représente une espèce de double du personnage « non vampire ».
Part. :C’est pour ça que Vincent arrive à le vaincre, parce qu’il n’a pas ce passé chargé ?
Y.S. : Vincent a fait tout un travail de « nettoyage ». Ses ancêtres avaient commencé ce travail et ils lui ont transmis leurs découvertes à travers un coffret. Ce coffret représente tout le poids du passé. Quand on parle de psycho-généalogie, on pense que toutes les erreurs des générations précédentes produisent un poids qui pèse sur les suivantes. Que fait Vincent ? Il prend connaissance des erreurs de ses ancêtres en ouvrant le coffret. En même temps, il tente de passer au travers, de casser la chaîne, d’éliminer les erreurs. Ce qui lui permet, non pas de vaincre le vampire, nous en reparlerons sans doute, mais de le combattre.
Part. :Pourquoi avoir voulu aborder le thème du vampire de manière psychologique ?
Y.S. :Parce que justement, moi-même, je m’intéressais à tout ce qui était psychanalyse. Aller un peu gratter dans les tréfonds de l’âme humaine m’a passionné. Depuis que je suis ado, j’ai toujours été fasciné par les histoires de vampires. Je lisais Harry Dickson, Jean Ray et j’ai vu les Dracula au cinéma. J’ai lu Dracula de Bram Stoker et celui d’Ann Rice que j’ai un peu moins aimé. J’adore aussi les ambiances gothiques surtout au niveau graphique. J’avais donc toujours eu l’idée, même lorsque je faisais Durango, de faire un jour une histoire de vampire. Mais j’ai attendu très longtemps dans la mesure où je ne savais pas encore de quelle façon aborder le sujet. Lorsque je me suis intéressé à la psychanalyse, je me suis dit qu’il y avait peut-être une façon d’aborder le sujet qui n’avait pas encore été utilisée.
Part. :Pour ne pas recommencer quelque chose de déjà-vu ?
Y.S. :Je tenais à ne pas faire la énième version de Dracula.
Part. :Dans Prince de la nuit, vous n’hésitez pas à aborder des sujets plus engagés comme la montée de l’extrême droite, ou le nazisme, ou même évoquer la pédophilie.
Y.S. :Je pense que la pédophilie est sûrement un phénomène qui a toujours existé. On peut dire que c’est une forme de vampirisme. J’ai voulu traiter de toutes les formes de vampirismes qui existent quelque part dans la réalité mais que l’on ne nomme pas vampirisme. Des choses qui sont de l’ordre du vampirisme psychologique. Prendre la personnalité de l’autre pour aller y chercher de l’énergie tout en le détruisant, c’est une des forme du vampirisme. J’ai traité d’une forme très caractéristique du vampirisme existant, parce qu’elle m’avait frappé mais j’ai appris qu’elle existait réellement après avoir fait mon scénario. C’est l’histoire de jumeaux dont l’un d’entre eux vampirise l’autre. En réalité, ce sont des choses qui existent. J’ai été frappé en regardant une émission qui parlait du sujet et qui montrait des photos de tableaux. Un personnage était rouge et gonflé, ressemblant à la description du vampire dans sa tombe et l’autre était pâle, presque mort. C’est une forme de vampirisme existante.
Le nazisme, c’est un peu différent. On l’associe toujours au vampirisme en utilisant le côté noir, gothique, les symboles. C’est vrai que le thème du vampire réapparaît souvent dans le cinéma allemand de l’époque et surtout lorsqu’il y a eu la montée des extrêmes, les positions extrêmes dans la société. Parce que c’est un petit peu lié et parce que c’est une espèce de recherche des valeurs dans la noirceur. En fait, j’avais appris que le nazisme partait du parti national socialiste qui était une théorie politique. Mais cette théorie politique était sous-entendue par tout un phénomène. C’était en fait des personnes mystiques. Nous pouvons dire que le nazisme est une secte et que la plupart des gens qui entouraient Hitler à l’époque (Himmler, Heinrich) faisaient partie d’une secte qui recherchait le Saint Graal et la Sainte Lance. Ce n’étaient pas du tout des gens qui avaient une vision politique mais une vision religieuse et mystique. Il y a aussi la recherche du monde « d’en bas », avec le phénomène de cette espèce de diable qui porte plusieurs noms dans l’histoire du nazisme ou dans la mythologie. Ce que je veux montrer, c’est la façon dont le vampire se transforme et qu’il donne l’illusion d’être ce fameux personnage qui va venir aider les nazis. En réalité, il les met dans sa poche pour pouvoir œuvrer tranquillement durant toute cette période. Nous pouvons donc l’assimiler à une manipulation. C’est aussi une période très importante de l’histoire, une de ces périodes charnières, dans le monde judéo-chrétien.
Ensuite, il restait le marxisme, mais je n’avais pas envie d’aller jusque-là. On pourrait aussi parler du marxisme qui en fait sous-entend aussi le même côté mystique. Lorsqu’on lit des bouquins sur ce dont on pouvait et ce qu’on ne pouvait pas dire à l’époque dans le monde où le communisme était de mise comme en URSS, la plupart des gens comme Brejnev et tous les autres avaient des gourous qui les entouraient et qui n’étaient pas du tout dans une logique objective. C’était totalement mystique et religieux.
Part. :C’est une volonté dès le départ d’aborder ces sujets-là ?
Y.S. :L’actualité a joué. Par exemple dans Elise, à propos de la parenthèse sur la pédophilie, je l’ai ajoutée au vu de l’actualité. Je me suis dit que c’était un phénomène important auquel on ne s’était pas encore beaucoup intéressé avant les affaires récentes. Alors que le problème a toujours existé qu’il a toujours été de mise. C’était même accepté dans certaines sociétés. De plus, pour moi, c’est aussi une forme de vampirisme.
Part. :Quand vous construisez vos personnages, est-ce que vous avez une méthode particulière pour les rendre aussi vrais que possible ?
Y.S. :Oui, en fait, je fais des petites fiches. Quand je construis un personnage, il y a toujours des caractéristiques qui sont nécessaires pour son évolution dans le scénario : des faiblesses psychologiques, des buts dans l’existence, … des petites phobies, tout ce qui forge une véritable personnalité.
Part. :Et les noms ? Par exemple Vladimir Kergan ?
Y.S. :Pour Vladimir Kergan, j’en discutais un soir avec Sophie (mon épouse) et je lui dis : « J’appellerai bien mon personnage principal Kergan ». Je croyais avoir inventé ce nom. Finalement, je me suis aperçu que je ne l’avais pas inventé car dans le film « Higtlander », que j’ai vu quelques années auparavant, un personnage du film s’appelle Kurgan. Kurgan est en fait le nom donné aux tombes de Sith, les tombes en forme de buttes que l’on a retrouvées en Ukraine. C’était inscrit dans mon inconscient et ce n’est donc pas par hasard que j’ai choisi ce nom. Rien n’est innocent.
Part. :Vladimir aussi ?
Y.S. :Non, Vladimir est un prénom d’origine slave et je trouvais qu’il sonnait bien.
Part. :Pourtant, lorsqu’on étudie la mythologie du vampire, on retrouve le personnage de Vlad Dracul, un des premiers vampires…..
Y.S. :Oui, bien sûr. Cependant, je ne l’ai pas choisi pour cela.Vladimir Kergan, ça sonne bien. Il faut aussi que ça sonne bien ! et Vlad Dracul est le véritable personnage qui a inspiré celui de Dracula. Mais pour Vladimir, c’est venu comme cela. Kergan, lui, n’est pas innocent.
Part. :Et Rougemont ?
Y.S. :Peut-être est-ce une prémonition. En effet, maintenant j’habite tout près du golf de Rougemont ! Mais je ne le savais pas, je l’ai appris en venant habiter ici. Généralement, j’aime regarder sur une carte pour choisir un nom. Pour Durango, au départ, je me suis dit : « Comment vais-je l’appeler, celui-là ? ». Je voulais un nom qui sonne un peu comme « Jango ». J’ai regardé la carte des Etats-Unis et je suis tombé sur la ville de Durango. Pour Dampierre, c’est le même raisonnement, mais j’ai regardé la carte de la France.
Part. :Dans Dampierre, justement, vous abordez des thèmes plus sentimentaux puisqu’il s’agit d’une histoire d’amour. Alors que l’histoire de Vincent met en scène des thèmes beaucoup plus morbides. Qu’est-ce qui vous a poussé à changer ainsi de registre ?
Y.S. :Je pense que chaque fois il y a une évolution. Pour répondre correctement à ta question, je pense qu’il y a eu quatre stades dans mon évolution. Le premier stade étant Durango, première période. J’étais assez naïf. Hier, j’ai revu à la télévision : Le bon, la brute et le truand. Ça reste tout de même bien ficelé. Je l’ai vu vingt fois et malgré tout j’ai encore pris le même plaisir. C’est un film qui m’a complètement « flashé » étant adolescent, j’étais fou de ça. Eastwood était mon idole, je voulais un jour faire quelque chose qui y ressemble, je ne concevais même pas de faire autre chose. Même si je lisais Jean Ray, c’est le western qui a pris le dessus en premier. Il y avait plein d’embrouilles ce qui ne donnait pas une vision naïve. Alors que j’avais personnellement une vision naïve de l’existence et des choses. On peut dire que dans les huit à dix premiers albums de Durango, tout était basé sur cette vision assez simpliste et je ne me posais pas beaucoup de questions. Arrive la trentaine et l’on se demande pourquoi on a toujours fonctionné de la même manière. Il y a des choses que je n’exprimais pas dans la vie, j’avais de la violence en moi. Je n’étais pas bagarreur, mais elle faisait partie de moi cette violence et je me suis mis à travailler sur ce problème.
Lorsque tu dis que Dampierre est un album plus sentimental, je n’en ai fais que deux. Tout simplement parce que c’était un moment de ma vie pendant lequel j’avais envie de changer de vie sentimentale. Le premier album m’a permis de rencontrer Sophie qui est mon épouse actuelle. Finalement, les deux albums ont dû servir à une sorte de passage. Lorsque nous avons débuté notre vie ensemble, je n’ai plus eu envie de continuer Dampierre. J’avais donc ressenti un manque de romantisme. Plus tard, nous avons fait, Sophie et moi, un travail de psychanalyse. Parce que nous en avions vraiment envie. D’autre part, nous avons commencé à lire Stephen King que j’ai oublié de citer. Et par lui, je me suis intéressé au fantastique. Quand on fait une phase de psychanalyse, on va chercher en soi, on va aussi à la rencontre des choses qui sont parfois un peu sombres. Nous avons un côté positif mais aussi un côté négatif qui travaille en nous, à notre insu. Je me suis servi de ces thèses pour le vampire. Évidemment, gonflé à la puissance dix, transformé pour en faire quelque chose de romanesque. Ce que nous vivons n’est pas aussi puissant. Après le sixième album de Prince de la nuit, j’ai eu l’impression d’en avoir assez, même si j’ai encore des idées pour faire une suite. J’ai deux cycles qui sont prêts dans mes tiroirs, des synopsis. J’avais envie de faire autre chose, c’est pourquoi je suis revenu à Légende où là encore le personnage sombre dans le fantastique mais ce n’est plus la part essentielle de l’album. L’essentiel réside dans la vie du chevalier, la vie dans les bois, les animaux.,…. Beaucoup plus diurne, beaucoup plus de romantique à nouveau, plus de merveilleux, de fantastique mais moins noir. Cela correspond chaque fois à une phase d’évolution personnelle. C’est le côté agréable lorsque l’on est son propre scénariste, on peut mettre des choses personnelles dans son travail sans toutefois tomber dans le nombrilisme. Il faut savoir parler des autres, aussi, on peut transmettre ce qu’on dont on a envie sous une forme précise qui nous permet d’interpeller les gens. Sinon, cela n’a pas d’intérêt.
Part. :Dans les personnages, s vous mettez des éléments qui vous caractérisent ?
Y.S. :Oui, il y a toujours une petite part de projection personnelle mais je garde mes distances par rapport à cela. La plus grosse projection était Durango. Lorsqu’on est plus jeune, on s’identifie plus. Pas au personnage lui-même mais à ce qu’il exprime. Je ne me prends pas pour le chevalier de Légende, mais il représente à mes yeux, une espèce d’idéal. Je vois cela avec beaucoup de recul. Je me dis que je vais faire un archétype du personnage idéal qui porte toute une série de valeurs mais qui présente aussi toutes sortes de contradictions car il n’est pas aussi simple qu’il n’en a l’air. On le verra plus tard. C’est vrai qu’il y a toujours une petite part de soi-même avec les contradictions aussi mais avec ça, il faut garder beaucoup de distance.
Part. :À la fin du second cycle, vous faites fusionner le bien et le mal, d’abord dans le rêve ensuite dans la mort. Le personnage qui renaîtra des cendres sera le résultat de cette fusion. Voulez-vous montrer par là que le mal et le bien ne peuvent se détruire l’un et l’autre ?
Y.S. :Oui, il y a deux choses. C’est d’abord présenter le fait qu’il découvre dans sa séance d’hypnose la statue à double face. Il s’aperçoit alors, qu’il y a d’un côté sa projection d’image du chevalier et l’autre côté, l’image du vampire. C’est ce qu’on appelle l’histoire du personnage à deux faces ; une bonne et une mauvaise. Finalement, on est tous comme ça. Avec des proportions moins grandes évidemment. Le fait de mettre un pied dans le mal et nous pensons qu’il n’existe plus, que nous en sommes débarrassés. C’est une vision vraiment catholique, je pense, mais fausse, dans la mesure où nous avons tous des pulsions. Ce que j’ai voulu démontrer c’est que nous avons tous des pulsions négatives qui pourraient devenir positives si elles ne provenaient pas de faits qui ont été emprisonnés dans une cage ou réprimées dans l’enfance. Toutes les pulsions négatives sont des choses qui ne peuvent pas s’exprimer et qui ressortent par le biais de perversions ou de violence. Pourtant si on employait toutes ces pulsions positivement, on pourrait faire beaucoup plus de choses. Finalement, on obtient une fusion de ce qu’on appelle le bien et le mal, qui sont simplement les deux parties d’une même personne. On pourrait dire qu’il y a d’un côté l’animalité brimée et de l’autre côté, le cérébral bien nettoyé par des concepts qu’on nous a mis en tête. Alors que le tout ne devrait faire qu’un. Cela fait parfois beaucoup de différences dans l’une ou l’autre civilisation. Il y a des religions où la séparation est très marquée et cela crée beaucoup de problèmes. Le catholicisme en est une, je crois que l’Islam en est une autre. Je n’ai pas beaucoup d’autres moyens pour exprimer cette fusion. Je fais donc partir les deux personnages en fumée et en même temps. Les cendres sont désormais dans l’urne, nous verrons ce qu’il en adviendra. Ce ne sera certes pas un personnage réaliste, mais il pourrait avoir les pulsions du vampire sans ses pulsions destructrices.
Part. :Un personnage qui serait « un » ?
Y.S. :Par exemple. Mais en théorie, la constatation c’est que le bien et le mal sont indissociables. On les porte en nous. Nous avons beau faire autant de films que nous voulons, ou l’on montre que le bien gagne sur le mal, ou l’inverse, les deux restent toujours présents.
Part. :Un autre thème largement utilisé est la réincarnation. Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?
Y.S. :Il n’y a pas de véritables preuves de l’existence de la réincarnation. Mais il y a quand même pas mal de civilisations, de religions qui en parlent et qui y croient. Alors, j’en parle aussi parce que moi, j’ai envie d’y croire un petit peu. On a parfois des rêves ou des phobies, …. dont on n’arrive pas à retrouver l’origine. C’est vrai qu’il serait assez fascinant de croire que ce sont des souvenirs de gens réincarnés, ou des souvenirs d’âmes ou de cellules même, que l'ont possèdent en nous et qui proviennent de vies antérieures. Cela est totalement irrationnel et de l’ordre de la spéculation. Je me suis servi de la réincarnation aussi parce que tout le monde sait ce que c’est et qu’elle exerce une certaine fascination. À partir du moment où j’utilisais le fantastique et que je restais dans la logique de ce que je racontais, je pouvais me servir de la réincarnation.
Part. :Je ne pense pas me tromper en disant que le cinéma influence beaucoup votre façon de travailler. Pensez-vous que le cinéma et la bande dessinée sont deux arts proches ? Si oui, comment expliquez-vous cette proximité ?
Y.S. :Ils sont collés. Il n’y a pas plus collé que cela dans la mesure où la bande dessinée fonctionne par référence au cinéma. Pour la littérature, c’est plus rare.Les auteurs de bandes dessinées en général ne rêvent que d’une chose, c’est de faire du cinéma. En attendant, on fait notre petit cinéma sur papier. En plus, on voit bien que l’évolution graphique et visuelle de la bande dessinée suit l’évolution du cinéma : déformations de perspectives, plans particuliers, …. La bande dessinée suit le mouvement.
Part. :Le cinéma ne vous a jamais tenté ?
(Rires)
Y.S. :J’ai une vision très simple du cinéma. Je n’en rêve pas trop, c’est de l’ordre du fantasme qui est peut-être réalisable. Mais je n’ai jamais fait d’efforts pour y arriver. Je me dis que si un jour un producteur est intéressé par l’adaptation d’une de mes séries, il ira voir mon éditeur et l’arrangement se fera entre eux puis ensuite avec moi. Je sais qu’il y a des collègues qui essayent de s’insérer dans les maisons de production pour écrire des scénarios. C’est un cercle très fermé et il y a déjà beaucoup de scénaristes sur le marché. Ils n’arrivent pas tous à concrétiser leurs projets ou alors difficilement. Ça demande beaucoup de temps et d’énergie.
Je préfère me consacrer à mon boulot et si un jour l’occasion se présente, pourquoi pas ?
Mais je ne sais pas dans quelle mesure mon boulot sera respecté. Quand on regarde les adaptations actuelles, en Europe du moins, ce n’est pas terrible. Les Américains s’en sortent mieux car ils traitent les super héros assez bien. Mais en Europe, trop de libertés sont prises par rapport à la bande dessinée originale et des scénaristes s’amusent à retirer le principal pour ne finalement garder que le nom de la BD. Prenez par exemple Blueberry ou Michel Vaillant, ce n’est pas très réussi. J’aurais même peur car on n’a plus la possiblité de se défendre, on perd ses droits et je serais peut-être plus malade que content.
Part. :Le cinéma inspire beaucoup votre façon de travailler, outre les plans et les sujets, on retrouve même des comédiens : Jean Gabin, par exemple.
Y.S. :Ce sont des clins d’yeux. J’ai choisi Christopher Walken pour dessiner le personnage du baron Kurde de Légende. Dans Prince de la nuit, dès qu’il a fallu dessiner un commissaire de police des années 30, en France, j’ai immédiatement vu Gabin parce que je l’adorais dans les adaptations de Maigret. Cela m’a permis d’une part de lui rendre hommage et d’autre part, pour le sport, j’ai pu le faire parler à la manière d’Audiart.
Part. :Un clin d’œil à Simenon aussi….
Y.S.Plus qu’un clin d’œil car j’adore Simenon. En plus, je me suis aperçu qu’il y a des points communs entre lui et moi. Je ne veux pas me mettre à la hauteur de ce personnage, mais dans la manière de fonctionner, de lire, nous sommes un peu semblables. Même dans le choix des lieux : Sédonna en Arizonna ou la Vendée. J’ai eu des flashs dans les endroits qui l’ont inspiré et impressionné. Lorsque je choisis les mêmes lieux que Simenon, pour situer mes personnages, c’est bien en hommage à l’écrivain.
Part. :C’est nécessaire de visiter, de se rendre sur place ? Vous avez une manière particulière pour trouver votre inspiration ?
Y.S. :Je n’ai pas de méthode particulière, je me déplace beaucoup afin de m’imprégner de l’ambiance, de l’esthétique du lieu : dans les châteaux pour les séries féodales et en Amérique pour Durango. C’est très important pour moi.
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