10.03.2008

Où sont les femmes ?

Organisée vendredi dernier, la journée d'études sur la place et les apports des femmes dans la production du discours critique tant littéraire qu'artistique montre à quel point cette question a été longtemps ignorée, notamment par le fait que les femmes n'ont pas pu accéder à une autorité critique reconnue et valorisée intellectuellement. Pourtant, qu'il soit féminin et/ou féministe, le discours critique des femmes a traversé l'histoire des XIXe et XXe siècles, et dans différents domaines : la presse, la littérature ou les arts plastiques.

D'un point de vue littéraire, nous nous consacrerons sur la place réservée aux femmes dans la presse au XIXe siècle. Dans ce cadre, il faut souligner le travail mené par Christine Planté (Lyon 2) et Marie-Eve Thérenty (Montpellier III) sur le processus de différenciation et de reconnaissance des femmes dans l'espace de la presse. Ce processus repose surtout sur les relations entre la presse et les catégories de genre, dernier point qui sous-tend les rapports de sexuation entre les hommes et les femmes, caractéristiques de la construction identitaire du discours critique féminin. La réflexion du travail s'articule donc sur le genre (gender) des genres littéraires qui comme le souligne Genette, montre la dimension anthropologique de la littérature : les genres traditionnellement féminins étant le roman (épistolaire, journaux intimes,...) tandis que la poésie restait un domaine réservé aux hommes. Aussi, il s'agit de réfléchir en terme de genres mais également de supports la ligne de partage entre les hommes et les femmes, notamment dans le champ de la production journalistique. Or, comme lieu de sociabilité, la presse se révèle être un lieu peu accueillant pour les femmes, et ce du fait que l'univers de la presse est un monde essentiellement ségrégationniste et machiste. Pourtant, les femmes occupent cette espace, souvent là où on ne les attend pas et par des prises de position inédites. Cette profusion des femmes dans la presse marque toutefois une ghettoïsation de leurs paroles, le journal étant considéré comme une affaire d’hommes. En effet, le journal est un vecteur de diffusion de la sexuation, tant au niveau des positions sociales que du discours critique, et reproduit ainsi l’espace social, définissant pour le discours féminin, des supports déterminés (théorie des deux sphères). La réinterprétation de cette théorie permet de spécifier la voix féminine dans le détail et l’émotion où le discours critique s’oriente vers la mondanité ou l’anecdote, et non vers une critique objective et dogmatique : la parole critique est ainsi répartie entre celle d’autorité, d’une part, réservée aux hommes, et celle d’impression pour les femmes. Une fois de plus, cette partition marque la position des genres dans les supports critiques du discours, et même si la critique d’impression allait connaître une plus large diffusion dans les années 1880, elle sera récupérée par les homme, le discours féminin se délimitant à une écriture circulaire de l’émotion, du repli sur soi alors que la critique se doit d’être tournée vers autrui. Définie uniquement par rapport aux prérogatives masculines d’objectivité et d’universalité, l’écriture féminine est considérée comme une écriture de l’individu, mais c’est aussi face à ces prérogatives, que des pratiques de transgression (parodie, mise en scène, pseudonyme) permettront la création de nouveaux outils, de nouvelles pratiques aux frontières du féminin et du féministe.

22.01.2008

Maurice Maeterlinck et le musée imaginaire

b8ded77ae4e4f98dcbeca94abf9c97df.jpgLe Musée Rops organise du 19 janvier au 13 avril une exposition sur Maurice Maeterlinck, en revenant notamment sur le lien entre image et écriture dans le Symbolisme, et tout au long de l'oeuvre de Maeterlinck.

Maurice Maeterlinck et le Symbolisme

Maurice Maeterlinck (1862-1949), poète, auteur dramatique et essayiste, nourri de philosophie, a profondément marqué l'histoire littéraire et culturelle de notre pays :les années 1880-1890 marquent l'explosion de la littérature belge d'expression française qui s'illustra tout particulièrement dans le domaine symboliste.

"Le poète ajoute à la vie ordinaire un je ne sais quoi qui est le secret des poètes, et tout à coup elle apparaît dans sa prodigieuse grandeur."

Maeterlinck s'est bon gré mal gré identifié au Symbolisme, mouvement au sein duquel il a vécu et dont il a tiré les accents les plus caractéristiques en même temps que les plus personnels. Octave Mirbeau déclarait à propos de La Princesse Maleine (publiée en 1889) qu'elle était "supérieure en beauté à ce qu'il y a de plus beau dans Shakespeare". Mais il faut voir dans le poète des Serres Chaudes (publiées également en 1889), l'annonciateur et pour ainsi dire le véritable fondateur du Symbolisme : Maeterlinck définit d'abord très bien sa conception du symbole dans sa réponse à Jules Huret (1891). Au "symbole a priori", à l'allégorie, il oppose "l'autre espèce de symbole", symbole "qui serait plutôt inconscient, aurait lieu à l'insu du poète, souvent malgré lui, et irait presque toujours bien au-delà de sa pensée: c'est le symbole de toute création géniale d'humanité". Maeterlinck préfère donc la puissance de la suggestion et la dynamique autonome du symbole. C'est donc lui, le Flamand, le terrien profond, qui enracina le Symbolisme dans les lettres et lui donna droit de cité. Il n'eut jamais le temps d'être un Shakespeare (ni même Maeterlinck?), puisqu'il préféra se retirer dans l'ombre à tout jamais, lui qui avait pourtant mis "l'âme au-dessus des torts les plus cruels et des fautes les plus graves." (Le Trésor des humbles).

Le Musée imaginaire de Maurice Maeterlinck

Le but de l'exposition est de créer le musée imaginaire de Maurice Maeterlinck (rejoignant l'idée du Musée imaginaire de Malraux), musée qui fait le lien entre l'image et l'écriture en regroupant les oeuvres qui l'ont inspiré et les artistes qui ont illustré ses ouvrages. De nombreux artistes belges et français ont approché les oeuvres littéraires de l'auteur par le biais de la peinture, du dessin et de l'illustration: cela va de Léon Spilliaert (Serres chaudes, 1917) à Odilon Redon (Dans mon rêve je vis au Ciel un Visage de Mystère, 1885), en passant par Khnopff.

L'exposition propose un parcours qui va de la poésie au théâtre, ce qui permet de découvrir des oeuvres variées et aux techniques différentes, le tout accompagné de livres illustrés, sculptures (celles de George Minne), photographies (celles de Fernand Khnopff), et de mettre en scène les poèmes et textes de Maeterlinck.

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Exposition accessible tous les jours de 10 à 18 heures, sauf le lundi, à partir du 19 janvier jusqu'au 13 avril 2008.

Commissaire de l'exposition : Denis Laoureux, professeur au Département d'Histoire de l'art de l'Université Libre de Bruxelles (interview à lire sur le FORUM du PDM)

 

 

 

 

11.12.2007

Alechinsky, encre, marges et serpent

ef6f90bb56f45062f08fc096ffcaf888.jpgLes Musées royaux des Beaux-Arts abritent jusqu'au mois de mars, une exposition consacrée à l'artiste Pierre Alechinsky. Elle évoque soixante ans du parcours de ce peintre gaucher, écrivain de la main droite; aux sources duquel on trouve le groupe CoBrA.

L'homme a le geste fascinant, il semble conférer du souffle au tracé de son pinceau. Le marouflage, l'estampage...sont autant de techniques que Pierre Alechinsky explore. Elles deviennent ses préférences au fil des années. Maroufler: fixer des papiers fins sur une toile plus rigide à l'aide de colle forte dite maroufle qui durcit en séchant; comme lorsqu'Alechinsky compose, assemble de véritables phrasés d'images, lorsqu'il superpose les traits de son pinceau aux imprimés d'une carte géographique ou maritime, d'une facture désuète, d'un bon de valeurs boursières... Estomper: donner forme ou relief en faisant empreinte d'une matière dure dans une matière malléable; comme lorsqu'il passe une brosse d'encre presque sèche sur un papier chinois étalé par dessus une bouche d'égoûts. Nombre de toiles déclinent ce principe qu'Alechinsky explique tenir de l'imprimerie, sa formation d'origine. Il y voit une protection de la peinture vulnérable, une manière d'attirer le regard sur la toile, un chemin de ronde,... Les Musées royaux nous invitent à découvrir soixante ans de création à travers des empreintes, au départ de la rencontre d'Alechinsky avec le groupe CoBrA et le début d'une longue connivence avec les écrivains, les artistes comme Christian Dotremont ou Asger Jorn. Au gré des déambulations, il est possible d'entendre Pierre Alechinsky commenter l'un ou l'autre tableau, partager ses réflexions, des extraits de ses écrits (car le peintre est écrivain, comme l'écrit Bernard Heitz (Télérama) : "Traits et lignes comptent autant que lui que mots et titres") Tout au long d'un parcours construit par l'artiste et les commissaires de l'exposition, le visiteur sera plongé dans une rétrospective, "de "A à "Y", le "Z" restant encore à écrire" (La Libre Belgique).

17.11.2007

La liste "b" de Léo Scheer

a4475b2a387b2fe7c00d45f9939a8a05.jpgLa saison des prix littéraire s'achève et une vague de mécontentement s'élève sur la toile. Léo Scheer a lancé un "appel solennel à la révolte" dès l’annonce de la consécration de l’Alabama Song (Mercure de France) de Gilles Leroy par le Goncourt et du Chagrin d’école (Gallimard) de Daniel Pennac par le Renaudot.
"Devant la terrible médiocrité de l'annonce des premiers prix littéraires, j'appelle ici, solennellement, ce lundi noir, 5 novembre 2007, au soulèvement de la blogosphère. C'est un plan "B" (pour Blogosphère). Nous pouvons organiser dans cet espace, un double parallère du désolant espace réel, avec un Goncourt "B", un Renaudot "B", un Fémina "B", un Médicis "B" etc..."

L'appel à la révolte de Léo Scheer a été relayée sur la blogosphère où le débat est désormais ouvert : pour ou contre une révolte, une liste "B", quelle valeur attribuer aux prix, quelle évaluation, la critique est-elle morte ? Philippe Boisnard ( du site www.libr-critique.com) commente dernièrement : "Un symbole n’est symbole que pour celui qui en reconnaît un signe. Le symbole du Goncourt cela fait bien longtemps que pour beaucoup il n’est plus signe de qualité, mais seulement reconnaissance de marché. On ne s’y trompe pas".

Cette réaction de Léo Scheer, légitime ou pas, relance le débat sur les prix littéraires et sur leur jury. Elle pose à nouveau la "question de savoir si les prix littéraires sont plus proches aujourd'hui du marketing éditorial que de la défense des auteurs et de la littérature...affaire à suivre!" (Pierre Jassogne)

Quoi qu'il en soit, voici la liste "B", chez Léo Scheer diffusée sur le blog de la maison d'édition.
Goncourt "B" : Un roman russe, Emmanuel Carrère
Renaudot "B": Un roi sans lendemain, Christophe Donner
Fémina "B" : Cendrillon, Éric Reinhardt
Médicis "B" : Paris. Musée du XXIe siècle, Thomas Clerc
Académie "B" : In Mémoriam, Linda Lê
Interallié "B" : Hoffmann à Tôkyô, Didier Da Silva
Décembre "B" : Amende Honorable, Julien Capron


Enfin, pour conclure, nous pourrions vous demander : que pensez-vous d'une telle initiative ? Justifiée ou injustifiée ? Coup dans l'eau ou annonciateur de possibles changements dans les mentalités et les critiques ?

04.11.2007

Sex, drugs, rock & ...littérature

cdcff0de26498dd50288345aa55c731f.jpgL'éditeur Points et le magazine français Les Inrockuptibles s'associent et offrent la bande-son de la littérature anglophone du moment.

Les tournées purgatoires au bout du monde, les vols interminables à côté d'emmerdeurs professionnels, les chambres d'hôtel sans airco. Les concerts devant des salles vides, les descentes de scène dégoulinantes, les fins de soirées imbibées. Les indécrottables managers opportunistes, les fans endoctrinés, les stars déchues...le rock, quoi! Poètes maudits, justiciers désabusés, salauds en uniformes et putes décharnées...les tréfonds de l'âme humaine. Huit livres cultes ressortent en poche pour aborder tous ces thèmes. Une Ordure et Trainspotting de Irvine Welsch, Owen Noone & Marauder de Douglas Cowie, L'autre Vie de Brian de Graham Parker, Triksta de Nik Cohn, Push de Sapphire, Des Putes pour Gloria de W.T. Vollman et enfin Acid Test de Tom Wolfe. Ces huit romans majeurs de l'histoire récente de la littérature sont réunis sous la même bannière "Sex, drugs & rock'n'roll" par les éditions Points et le magazine culturel Les Inrocks. Ces deux pourvoyeurs de culture s'associent et offrent un point de vue littéraire sur la musique pour les premières, et un point de vue musical sur la littérature pour les seconds. Car à l'achat de trois des huit livres sélectionnés, un CD est offert. Cet album associe à chaque oeuvre le morceau musical qui lui correspond le mieux: ça va du folk douceâtre de Anthony& The Johnsons pour accompagner Parker au rap east coast de Sage Francis pour le Triksta de Cohn, en passant par l'incontournable Born Slippy d'Underworld pour Trainspotting et le noise rock halluciné de Animal Collective pou Wolfe. Bref, la BO idéale de la littérature anglo-saxonne hyper réaliste d'aujourd'hui.

01.11.2007

"Bash, latterday plays" - Quand l'Amérique se met en scène

009bab6c480fdb8dd1c276dfe9964f2c.jpgLa pièce Bash, latterday plays de Neil Labute est une sorte d'American Beauty qui se concentre sur trois destins, toujours pris entre la bonne volonté et la cruauté, trois récits d' "american way of life" qui échappent tant aux protagonistes qu'à nous spectateurs, pris dans l'engrenage de toutes nos petites manies. En toile de fond, la production "culturelle" américaine, teintée de fascination, imprégnée de violence, tout ce que la pièce dévoile dans le spectacle quotidien de la violence imaginaire quand elle prend le pas sur l'ordinaire et encourage le déchaînement des instincts violents, entre Dr Jeckyll et Mr Hyde. Neil Labute nous montre que la représentation de la violence, notamment et surtout à l'écran, est le reflet d'une conviction profonde de la culture américaine: pour elle, la société n'est qu'un rempart précaire pour le monstre qui sommeille en nous. Avec "Bash", il réussit à questionner la violence d'aujourd'hui: il nous provoque et nous met en garde contre cette tendance de présenter l'individu déviant comme un monstre inhumain, digne d'une fiction hollywoodienne, il nous dit que derrière chaque violence, il n'y a pas un monstre, mais un être humain, une vie brisée, une histoire, un être comme vous et moi, une histoire personnelle qui a basculé un jour dans une société qui a mal, à chaque fois, le même schéma, la même cause qui entraîne une violence inéluctable sur une vie par hasard. Neil Labute propose un théâtre poignant, qui prend aux tripes, dans une analyse des effets de la violence, capable de décrire et de réécrire nos vies, et de nous permettre au final d'accéder à cette conscience de soi.

"Bash, latterday plays" de Neil Labute au Théâtre Jardin Passion à 20h30 du 1er au 10 novembre 2007. Infos et réservations- 0472/96 53 16 - info@theatrejardinpassion.be -www.theatrejardinpassion.be

26.10.2007

Dis une fois.../Les belgicismes à la Maison de la Poésie

Ce 22 novembre à 19h, Georges Lebouc parlera des belgicismes autour de son dictionnaire de belgicismes. Directeur de la collection Lettres Bruxelloises  des éditions Racine, il fut sensibilisé aux belgicismes, et son dictionnaire en relève des centaines et les illustre par des exemples, surtout ceux trouvés dans la presse.

Au cours de cette rencontre, Henry Ladroit participera également à la rencontre. Chroniqueur de langue au journal hebdomadaire Le Ligueur, il préside le Cercle de qualité du français dynamique (C.Q.F.D.) qui rassemble des amoureux de la langue et qui cherche notamment des équivalents français aux anglicismes, recense les néologismes et les belgisismes, analyse des phénomènes de langue de l'actualité. (source: Poésie Infos)

 

Les Belgicismes, soirée-rencontre à la Maison de la Poésie, le 22 novembre à 19h - prix plein: 5€, étudiants: 2€- infos et réservations: 081/22 53 49 - www.mplf.be