07.12.2008
Guy Goffette, la vie promise...
Je me disais aussi : vivre est autre chose
que cet oubli du temps qui passe et des ravages
de l'amour, et de l'usure – ce que nous faisons
du matin à la nuit : fendre la mer
(La Vie promise)
Par ses thèmes aussi partagés que l'enfance, la nostalgie ou la difficulté d'aimer, la poésie de Guy Goffette enchante et touche, tout en forçant le lecteur à s'arrêter sur le rôle de l'écriture poétique, son style, son lyrisme, à s'interroger surtout quand elle se place face à l'angoisse du temps qui passe, à l'immensité des rêves et de l'existence, toujours dans cette frontière immuable entre les certitudes et les doutes.
Quelle frontière? Celle qui a tôt fait de s'installer en lui s'il s'arrête. Aussi ne tient-il pas en place. Toujours entre deux gares, deux fleuves, ne connaissant ni la satisfaction béate des « assis », ni l'ennui des repus. Toujours de passage et ne s'attardant que pour le partage amoureux et l'amitié.
(Autoportrait)
Goffette se met à l'écriture de nombreux poèmes dès 1969, rassemblés dans Quotidien rouge, son premier recueil. A la fois enseignant, libraire, éditeur, tout ce travail absorbant montre bien où sont ses amours, l'exaltation de l'écriture des poèmes déjà écrits ou encore à rêver , la lecture des poètes, ces aînés considérables (Auden, Hölderlin, Leopardi,...), ces compagnons fraternels (Pavese, Pessoa,...).
Entre les uns et les autres, Goffette, à mi-chemin, dans ce qu'il appelle lui-même la « dilecture », est assurément un passionné, tourmenté parmi les êtres, hommes ou femmes, nomade du présent, sur les voies solitaires de la création.
Elle, par bonheur, et toujours nue
Dans ce « roman poème », Goffette retrace en quelques pages seulement la vie du peintre Pierre Bonnard. Il y a une formule qui convient parfaitement à la peinture, écrivait Bonnard : beaucoup de petits mensonges pour une grande vérité. Il en va de même pour l'écriture de Goffette, une écriture du détail, de l'impression, de l'intensité surtout. Il y a un monde et c'est l'aventure du regard, avec ses ombres, ses lumières, ses accidents et ses bonheurs.
Il ne s'agit pas ici d'écrire les choses, (ou de peindre) mais bien de les ressentir sans médiation aucune, et ce, dans un lyrisme de l'instant de l'écriture, de solitude aussi, pour traverser un monde d'apparence ouvert, mais pourtant bien fermé, qui nous échappe, comme une vie, un amour. Les clés pour y pénétrer ne sont pas dans les livres, pas dans la nature, mais très loin derrière nos yeux, dans ce jardin où l'enfance s'est un jour assise, le cœur battant, pour attendre la mer.
La vie est ailleurs, donc, et la vérité près de l'erreur, et la poésie, toujours tournée vers l'amour, la mer, l'enfance, l'éternité, et alors?
GOFFETTE, Guy, La vie promise, 1991, Ed. Gallimard.
GOFFETTE, Guy, Elle, par bonheur, et toujours nue,1998, Ed. Gallimard.
Guy Goffette ou l'appel des lisières, dossier réalisé par le groupe Initiales.
16:53 Publié dans Bunker de papier | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



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