29.11.2008
Défense et illustration de la fantasy par Alexis Brocas
"Si l'on en croit la Bible, la première fonction du Verbe n'était-elle pas de créer des mondes ?"
La fantasy pourrait être considérée comme le genre paralittéraire par excellence. Pourtant, même s'il souffre de multiples préjugés, le genre fait chaque jour le bonheur d'un public de plus en plus nombreux. Dans le Magazine littéraire de décembre 2008, Alexis Brocas - journaliste et écrivain - vient faire l'apologie du genre et défie tous ses détracteurs en usant de solides arguments.
Alexis Brocas commence par remarquer que la fantasy est un genre à la mode : le public grandissant attire de plus en plus de gros éditeurs qui veulent aussi grignoter leur part du gâteau. Le Seuil, Livre de Poche, Pocket, Flammarion, lancent tour à tour leurs collections "fantasy" car elles espèrent conquérir le cette part du lectorat qui s'élargit au fur et à mesure que ses héros se dispersent hors de la littérature (jeux vidéos, films, ... ).
Ensuite, l'auteur précise que le genre n'est pas aussi nouveau qu'on pourrait le croire, on peut déjà commencer à rédiger son histoire et parler de ses classiques. Leiber (Le Cyle des épées, 1939), Moorcock (Le Cycle d'Elric, 1972) et Tolkien sont sans conteste les inventeurs des héros traditionnels et de l'imaginaire de la fantasy. Lorsqu'il publie Le Seigneur des Anneaux en 1954, Tolkien jette les ingrédients de base qui seront ensuite re-assaisonnés à l'infini par de nouveaux auteurs en quête de succès.
"Cette accusation de monolithisme mercantile renforce un réquisitoire déjà bien étayé. Car la fantasy n'a pas de chance : elle s'oppose point par point aux conceptions, qui dominent en France, d'une littérature engagée dans la réalité et agitant des idées, ou bien d'un littérature expérimentant toutes les puissances formelles de l'écriture." Parce qu'elle cherche avant tout à divertir son lecteur, la fantasy a tendance à privilégier la narration plutôt que la recherche stylistique ou l'éblouissement formel. Subordination du style à la narration qu'on ne cesse de reprocher à toutes les littératures de genre, que ce soit du polar ou de la science-fiction.
De plus, la fantasy réclame aussi un travail de la part du lecteur : un travail que "nos consciences cartésiennes, nourries au naturalisme de Zola" ne sont plus habituées à faire : suspendre leur croyance à la réalité extérieure ou encore une époché si on se réfère à Husserl. En effet, ces romans nous projettent dans un monde alternatif, fictif qui souvent est assez éloigné de celui dans lequel nous vivons. La fantasy nous propose d'oublier tout cela le temps d'un instant et de nous évader avec ses héros dans un monde imaginaire ou tout est possible.
Avant de conclure, Alexis Brocas n'hésite pas à rappeler que la fantasy renvoie à une tradition romanesque beaucoup plus ancienne que les premiers romans de Tolkien. En effet, la dimension mythologique qu'elle intègre évoque immédiatement les légendaires récits homériens ou les célèbres chansons de geste. Attention, il ne faut pas commettre l'erreur de considérer ces anciens récits comme de la fantasy, mais bien de voir que de tout temps, les aventures de héros emblématiques confrontés à des monstres, des dragons ou autres créatures effroyables ont échauffé l'imaginaire des lecteurs et qu'en soit la fantasy ne fait que réexploiter tout ces mythes qui plaisent tant au public.
L'auteur conclu alors de cette manière : "Avec sa diversité actuelle, la fantasy mérite mieux qu'une condamnation en bloc. Pourquoi ne pas reconnaître, comme Célia Chazel, que cet exercice de pure liberté romanesque est un authentique défi littéraire, qui ne repose pas seulement sur de la technique et la maîtrise de recettes éprouvées, mais sur l'inspiration - celle de l'imaginaire."
Sélection :
Tolkien, J.R.R., Le seigneur des anneaux (3 tomes).
Hobb, R., L'assassin royal(13 tomes).
Hickman, T. et Weis, M., Les portes de la mort(7 tomes).
Fetjaine, J.-L., Le crépuscule des elfes.
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Source : Brocas, A., "La fantasy, petit dragon devenu grand", Le Magazine littéraire, n°481, décembre 2008, pp.8-12.
18:42 Publié dans Paralittératures | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



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