30.08.2008
La vie, nouvelle
Loin de la rentrée littéraire, le Particule s’est arrêté sur quelques livres se penchant sur les
différentes facettes de la littérature...
Antonio Tabucchi, Tristano meurt, Paris, 2004, Gallimard, coll. « Du monde entier ».
Nous sommes au cœur de la Toscane, dans une maison de campagne. Le 20e siècle se termine, et le vieux Tristano va bientôt mourir. Cet homme qui a combattu pour la liberté de son pays, fait venir à son chevet un écrivain, un ami qui transcrira ses ultimes pensées, ses confessions. L’un parle et l’autre écoute. Mais est-il possible d’inscrire dans le cadre d’un récit les ambiguïtés de la vie, faite de contradictions, de doutes, de désirs inaccomplis, de souvenirs faux. Difficile d’atteindre l’essentiel, de résumer face à l’horizon de la mort un testament spirituel. Confondant l’écriture avec la mort, l’auteur nous offre dans ce face-à-face un récit tout en sobriété, qui permet à Tristano de se livrer et de penser au fil des pages, malgré l’étau de la douleur, à quelques femmes disparues, redevenues anonymes sous le poids de l’âge. Sa vie s’efface, mais l’Histoire la rattrape en revenant sans cesse à la charge, tout se mêle dans la tête du vieil homme : souvenirs de guerre, de résistance, parfums de liberté, rumeurs du passé, angoisse du présent…Comme l’écrit Bernard Comment, traducteur de ce livre, « dans ce roman à la fois testamentaire et visionnaire, parfois halluciné, et souvent d’une inquiétante drôlerie, des motifs reviennent, en variations, où toute certitude est finalement congédiée dans une scène abyssale qui redistribue les cartes et plonge le lecteur dans une profonde interrogation sur ce qui fait une vie et sur la possibilité de la raconter. Car une question traverse tout le livre : qui témoigne pour le témoin ? »
Jay McInerney, Bright Lights, Big City, Paris, 1997, Ed. de l’Olivier, coll. “ Petite bibliothèque américaine”.
Publié en 1984, ce premier roman a propulsé Jay McInerney sur le devant de la scène littéraire. Avec Bret Easton Ellis, il est devenu l’auteur-culte d’une génération moins frivole qu’on ne l’aurait cru. C’est dans le New York des années 80 que toute l’histoire se déroule, celle d’un garçon de 24 ans qui tente d’oublier son chagrin et sa déception puisque sa femme vient de le quitter. Face aux vertiges de l’amour, tout y passe ou presque : l’échec professionnel, la drogue, les boîtes de nuit…Et puis, il y a la littérature, comme si le destin veillait au grain de ce pauvre gars…Toute l’histoire se passe entre un défilé de haute couture, une fête ratée et une orgie de coke dans les toilettes de l’Odéon…
Daniele Del Giudice, Le stade de Wimbledon, Paris, 2003, Ed. du Seuil, coll. « Points ».
Un jeune homme fait une enquête sur un intellectuel mort il y a une quinzaine d’années et qui a la particularité de n’avoir rien publié de son vivant. Cette figure de l’intégrité et de l’exigence littéraire est un personnage qui a existé : Robert Balzen, dont les écrits retrouvés ont été publiés à titre posthume. Mais il s’agit davantage d’un prétexte car du véritable Robert Balzen peu de chose sera dit, bien que le narrateur interroge minutieusement toutes les personnes qui l’ont connu. Parmi elles, deux femmes qui vont revivre une amitié demeurée intense dans leur souvenir. De Trieste, l’enquêteur est conduit par sa recherche à Londres, à Wimbledon dont le stade vide va jouer le rôle de révélateur…
Javier Cercas, A la vitesse de la lumière, 2006, Actes Sud, coll. « Babel ».
Dans une université américaine, un écrivain débutant, qui pourrait s’appeler Javier Cercas, se lie d’amitié avec un vétéran du Vietnam, un certain Rodney Falk, anéanti par le poids de son passé. A son retour en Espagne, le succès de l’un des ses romans le propulse soudain au firmament, et gorgé du suffisance, aveuglé par la gloire, il ne voit pas qu’il a perdu son âme. Un drame se produit auquel, peut-être, il faudrait survivre…Plongé par le mépris de soi et le désir de mort, le narrateur unit son destin à celui de son ami américain, l’un ayant ressenti la jouissance de tuer sans raison, l’autre ayant connu le vertige d’abuser de son statut et du succès. Dès lors, seul raconter l’un peut sauver l’autre. Face à notre capacité illimitée à faire le mal, Cercas établit surtout le pouvoir de la littérature pour affronter toutes les réalités du monde.
09:55 Publié dans Bunker de papier | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note



Commentaires
Le premier a l'air d'être le plus classe
Ecrit par : Sim | 03.11.2008
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