25.07.2008

Relire ses classiques : Denis Diderot

Si les livres contemporains sont d'excellents compagnons pour nos vacances, les "classiques " ou "vieux livres" qui n'ont pas pris (trop) de rides le sont également. Les vacances d'été sont aussi la bonne occasion d'aller saisir un de ces livres qui peuplent les planches de nos bibliothèques et dont nous reportons sans arrêt la lecture. Arrêtons-nous donc quelques heures sur ces vieux trésors.

6560.jpgDeuxième auteur classique qui se trouve dans notre pile livre sur le bord de notre table de nuit : Denis Diderot. Homme curieux, il est surtout passé à la postérité pour la célèbre entreprise de L'encyclopédie. L'auteur et philosophe du XVIIIe siècle travailla sans relâche pendant plus de vingt ans sur ce projet, oubliant même de publier ses autres ouvrages, tâche qui sera laissée à sa descendance.

Parmi les écrits que nous laisse Diderot, il en est un qui, malgré sa brièveté, fit scandale lors de sa publication et qui valut à l'auteur de se faire emprisonné trois mois. L'essai en question, Lettre sur les aveugles à l'usage de ceux qui voient est paru en juin 1749 et le mois suivant, Diderot se retrouvait emprisonné dans le donjon de Vincennes jusqu'en novembre de la même année.

Dans cet essai philosophique, Diderot, à la suite des travaux de Locke, se penche sur la question de la perception visuelle pour montrer que l'idée de la morale dépend de la sensibilité de chacun et qu'un certain nombre d'arguments religieux n'ont aucun sens pour les aveugles. Le philosophe expose sa vision matérialiste et évoque son athéisme.

La Lettre est adressée à une savante qui attend les résultats d'une opération pratiquée sur une fille aveugle. Le narrateur se rend alors chez du Puiseaux, aveugle-né, avec qui il va discuter de l'importance de nos sens et sur leur influence sur notre façon de penser. La métaphysique des voyants ne correspond par à celle des aveugles, car la première s'appuie sur les merveilles de la nature q'un non-voyant de peux pas connaître. Ensuite, le narrateur se retrouvera en train de discourir avec Saunderson, professeur de sciences aveugle, sur l'existence de Dieu. L'aveugle proposera alors une de représenter la création du monde comme l'arrangement imparfait d'une matière. Enfin, l'essai termine en abordant le problème posé par Molyneux à Locke : un aveugle-né, capable de distinguer par le toucher un cube d'un globe, serait-il capable de faire de même sans les toucher lorsqu'il aura recouvré la vue ? Diderot prend en compte tout les arguments pour conclure qu'un géomètre saurait faire la différence. Domine donc dans les textes cet encouragement au relativisme, surtout en ce qui concerne les questions métaphysiques qui conduira son auteur en prison pour quelques mois.

Un essai qui, malgré les années, se révèle encore novateur. Diderot n'avait-il pas en effet eu des intuitions dans le domaine de la psychologie et des perceptions ? N'avait-il pas mis au point un système de signes palpables pour permettre aux non-voyants de communiquer bien avant Braille ?

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D. Diderot, Lettre sur les aveugles, Paris, Gallimard, coll. "Folio 2€".
J.-P. de Beaumarchais et D. Couty, Grandes oeuvres de la littérature française, Paris, Larousse, 1998.

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