23.07.2008
Relire ses classiques : Emile Zola
Si les livres contemporains sont d'excellents compagnons pour nos vacances, les "classiques" ou "vieux livres" qui n'ont pas pris (trop) de rides le sont également. Les vacances d'été sont aussi la bonne occasion d'aller saisir un de ces livres qui peuplent les planches de nos bibliothèques et dont nous reportons sans arrêt la lecture. Arrêtons-nous donc quelques heures sur ces vieux trésors.
Commençons par le bas de l'étagère, lettre Z, Emile Zola. Premier auteur classique sélectionné par le Particule. Entre L'assommoir et Germinal, nous vous proposons de découvrir Le Ventre de Paris, ouvrage moins célèbre mais tout aussi passionnant.
"L'idée générale est le ventre ; - le ventre de Paris ; les Halles, où la nourriture afflue, s'entasse, pour rayonner sur les quartiers divers ; - le ventre de l'humanité, et par extension la bourgeoisie dirigeant, ruminant, cuvant en paix ses joies et ses honnêtetés moyennes ; - enfin le ventre dans l'empire, non pas l'éréthisme fou de Saccard lancé à la chasse des millions, les voluptés cuisantes de l'agio, de la danse formidable des écus ; mais le contentement large et solide de la faim, la bête broyant le foin au râtelier, la bourgeoisie appuyant sourdement l'empire, parce que l'empire lui donne la pâtée matin et soir, la bedaine pleine et heureuse se ballonnant au soleil et roulant jusqu'au charnier de Sedan."
Voilà comment Zola parle lui-même du Ventre de Paris dans un extrait de l'ébauche de son roman qui paraîtra en 1872, aux lendemains de la Commune, racontant l'histoire d'un révolté politique.
Florent, échappé du bagne de Cayenne où il avait été envoyé à la suite de sa participation au coup d’état du 2 décembre 1851, revient à Paris en toute clandestinité pour essayer d’y reprendre une vie paisible. Pour se réintégrer, il reprend contact avec son jeune frère Quenu qui est à la tête d’une boucherie lucrative et qui a marié Lisa, la fille aînée des Macquart. Quenu, ancien apprenti qui a hérité de la boucherie et de la fortune de son ancien employeur, l’accueille les bras ouverts, mais Lisa voit en Florent un danger pour son commerce. Grâce à ses relations avec le personnel des Halles, elle lui obtient un poste d’inspecteur à la marée. Ce travail forcé va à l’encontre des convictions politiques et morales de Florent et va réveiller en lui ses vieux démons. Il se mettra alors à fréquenter le café de chez Lebigre avec son ami Gavard où ils échangeront avec d’autres leurs haines de l’empire et où ils imagineront une société idéale ainsi que les moyens pour y parvenir. Il essaiera de rallier à sa cause son frère Quenu mais Lisa et leurs intérêts divergents les empêcheront de partager les mêmes opinions. C’est finalement sa belle-sœur pour protéger son commerce et sa vie tranquille et opulente qui dénoncera Florent aux autorités et le renverra définitivement à Cayenne.
Autour de Florent, gravitent plusieurs personnages qui joueront tous un rôle plus ou moins important dans l’histoire. Il y a d’abord Mme François, vieille paysanne qui monte à Paris pour vendre ses légumes aux Halles. Ensuite, Quenu son jeune frère dont il s’est longtemps occupé de l’éducation et Lisa sa belle-sœur qui tient avant tout à préserver son train de vie. Il y a aussi Gradelle qui partage les mêmes convictions politiques de Florent, Mme Saguet qui est une vieille fille qui veut tout savoir sur la vie et les secrets des halles. Elle déteste Florent car son passé reste mystérieux et sa curiosité insatisfaite la pousse à le haïr. La Normande, d’abord ennemie de Florent et rivale de Lisa, tombera progressivement amoureuse de l’ancien repris de justice. Enfin, Claude Lantier, héros de L’Oeuvre , fait son apparition dans le roman. Ami de Florent, il vient lui apporter un éclairage sur la division sociale entre les Gras et les Maigres qui selon lui divise la société.
L’histoire du Ventre de Paris raconte donc celle de Florent, le maigre qui au milieu de cette masse de nourriture qui servira à nourrir la ville lumière et au milieu de ces multiples personnages, va tenter de lutter contre l’empire. Sa tentative avortera malheureusement pour lui car il sera vendu par sa belle-sœur qui appartient à cette classe sociale riche et opulente à qui profite bien le système et la hiérarchie sociale établie.
Le roman Le Ventre de Paris, oeuvre moins connue de la pratique scolaire que les deux "classiques" Germinal et L'assommoir, est un roman naturaliste par excellence. Les immenses Halles de Haussmann et son personnel apparaissent au lecteur au milieu d'une masse de nourriture décrite de manière rigoureuse. Les descriptions des échoppes, surtout celles de la charcuterie, sont conçues comme de véritables natures mortes organisées par le regard d’un personnage. Elles sont données à voir comme des tableaux, structurées dans l’espace et multipliant les effets de lumière et de couleur.
Pour ceux qui souhaitent découvir Zola autrement qu'à travers les romans scolaires, une magnifique oeuvre qui se laisse dévorer avec plaisir. Attention tout de même à un risque d'indigestion lors de certains passages !
06:30 Publié dans Relire ses classiques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : zola, ventre de paris, classique



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