22.07.2008
James Salter ou les reliques de l'amour
Né à New York, James Salter est un auteur de romans et de nouvelles. Après avoir été pilote dans l’US army, il va vite s’adonner à sa grande passion : l’écriture. Avant de se consacrer pleinement à la fiction, il a d’abord fait paraître plusieurs témoignages sur ses années de guerre en Corée. Un sport et un passe-temps, qui décrit une torride passion amoureuse entre une jeune française et un Américain en France, fut largement salué par la critique et le public.
Francophile, James Salter l’est par ses descriptions d’une France tranquille, profonde, celle des petites villes de Province, loin de l’agitation parisienne, celle des silences profonds, de ces vies invisibles. Dans Un sport et un passe-temps, tout cela est concentré dans les amours d’une jeune française, Anne-Marie Costallat et d’un étudiant américain, Phillip Dean, dans leurs aventures dans des chambres d’hôtel à la tombée du soir, le long d’après-midi pluvieux, de mensonge, de plaisir, de gêne et d’impudeur. James Salter est « un écrivain exigeant, qui ménage sa plume et son inspiration: cinq livres en quarante ans... autant dire qu'il prend le temps de les fignoler(…) Il déteste le pathos, les grandes envolées lyriques qui n’ont pas besoin de tournures sophistiquées et de mots rares. » (Pascale Frey, Lire
Comme dit Rilke, dans la vie il n’y a pas de classe pour débutants, on vous demande toujours le plus difficile tout de suite. Le court récit de Salter nous plonge immédiatement entre répétition et impression de mots et d’actions, d’ennui et d’exaltation, d’autant plus par le fait que l’identité du narrateur est volontairement floue. Je suis le poursuivant. Ce qui revient à dire que je suis celui qui sait, au contraire de Dean, mais tout de même c’est loin d’être égal. (…)Je suis seulement le serviteur de la vie. Lui il l’habite. Outre d’être un exercice de style situé dans une France provinciale, l’écriture de James Salter est tout à fait « rare et éblouissante » comme l’a écrit John Irving.
Certes, il s’agit d’une histoire d’amour, une de plus, mais elle s’écrit avec une précision troublante dans les scènes érotiques, dans ce réalisme obsessionnel qui cherche à démontrer la faiblesse de cette réalité. Telle la Delage qui continue silencieusement sa route la nuit, de ville en ville, le roman épuise toutes les nuances des « reliques » de l’amour : innocence, perversité, fraîcheur, voyeurisme, …Face à l’amour des corps, à cette folle nourriture terrestre, le roman nous ramène sans cesse à la mélancolie et à sa solitude. Il n’y a rien qui ne t’appartienne, tout ce que je pense, tout ce que je suis capable de ressentir est à toi. Je suis seulement embarrassée de ne pas en savoir assez. Mais ça m’est égal si tu ne m’appartiens jamais, je veux seulement être à toi, sois dur avec moi, strict, mais ne t’en va pas, fais seulement comme si tu étais avec une autre fille- Je t’en supplie. Je mourrai, autrement. Je comprends maintenant qu’on puisse mourir d’amour.
James SALTER, Un sport et un passe-temps, Editions de l’Olivier (traduction de Philippe Garnier)
www.lire.fr
20:58 Publié dans Bunker de papier | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



Ecrire un commentaire