19.07.2008
La Question Humaine, premier grand roman du XXIe siècle ?
Un roman qui invite à la réflexion et qui déstabilise le lecteur, un livre qui pose des questions sur la réalité quotidienne et déconcerte en venant écrire là où le savoir défaille, une oeuvre qui donner l'occasion au lecteur de formuler lui-même son interprétation. Tels sont les ingrédients d'un roman qui deviendra plus que probablement un des classiques du XXIe siècle.
La Seconde Guerre mondiale, ses horreurs et ses tragédies ne pouvaient pas être tues dans la littérature. Même si certains hommes de lettres comme Adorno pensaient que plus rien ne pouvait être écrit après Auschwitz, il restait encore des voix qui souhaitaient se faire entendre. Que ce soit dans les années qui la suivirent immédiatement ou cinquante ans après, la Seconde Guerre mondiale reste présente dans les productions littéraires (voir même toutes les productions culturelles : cinéma, théâtre, danse, …) quelque soit l’esthétique dominante. En effet, même les formalistes ont fini par écrire leur guerre.
Les horreurs perpétrées par les nazis resurgissent encore dans les romans contemporains. Cependant, la manière de traiter ce sujet en littérature contemporaine prend deux directions différentes depuis les années 1980 : l’une qui s’inscrit dans une tradition de mémoire et l’autre qui explore les effets provoqués durant ces années noires. Cette dernière est plus soucieuse des traces laissées dans les corps et dans les esprits que de porter un simple témoignage. La Question Humaine* de François Emmanuel se retrouve dans cette manière moins directe de parler de la guerre. Il ne s’agit pas d’un témoignage, mais d’une exploration systématique des secrets enfouis qui continuent à traumatiser les nouvelles générations.
Ce bref roman d’une centaine de pages qui raconte l’histoire de Simon, psychologue de l’entreprise SC Farb, chargé par Karl Rose d’enquêter sur le directeur général Mathias Jüst, aura suscité énormément de polémique dans les milieux littéraires au moment de sa publication. Certains voient le roman comme un ouvrage participant à une banalisation de l’holocauste et de ses horreurs. D’autre par contre glorifie l’oeuvre de François Emmanuel, allant même jusqu’à dire que “La question Humaine pourrait bien être le premier des grands romans à naître en ce nouveau siècle dont on se prend désormais à penser qu'il ne pourra décidément que faire la nique au précédent. »* Enfin, preuve qu’encore aujourd’hui, sept ans après sa première publication, le roman continue de susciter l’intérêt du public : il vient d’être réédité et vient récemment d’être adapté au cinéma par Nicolas Klotz.
La lecture de La Question Humaine attire l’attention sur un fait particulier propre au roman, mais qui pourrait ouvrir un champ de recherche dans la littérature contemporaine. À de nombreuses reprises, le lecteur se voit solliciter à agir dans le texte. En effet, celui-ci laisse place à l’interprétation de son public plutôt que de vouloir imposer la vision fermée du narrateur. C’est en effet le lecteur qui peut percevoir l’extension de l’univers des camps à la vie quotidienne, c’est le lecteur qui peut comprendre la banalisation du mal qui s’opère à travers les lettres et c’est encore lui qui est chargé de conclure l’enquête puisque Simon n’a pas pris soin de juger le coupable. Il préfère s’isoler là où le langage est absent, là où seuls les actes et les émotions priment. Peut-être que cette place nouvelle accordée au lecteur, après la crise qu’à vécut l’auteur dans les années 1960, est-elle une nouvelle voix qu’a choisi d’explorer la modernité.
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*EMMANUEL, François, La Question Humaine, Paris, Stock, 2000
**Commentaire de Didier Hénique sur http://www.fluctuat.net
Sur le site de François Emmanuel
17:28 Publié dans Café littéraire | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : françois emmanuel, question humaine, xxie siècle, littérature



Commentaires
Vu dans ce sens, peut-être qu'une des clefs du succès des romans policiers serait qu'ils donnent l'occasion au lecteur de formuler ses propres interprétations.
Ecrit par : Marie | 19.07.2008
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