17.07.2008

Renaissance italienne : entre éducation sentimentale et modification réussie.

Autour d’une nouvelle histoire d’amour sur fond de Toscane, Eric Laurrent propose dans Renaissance italienne ( Ed. de Minuit) un véritable roman plein de suspense où les phrases nous mènent sur des chemins de plus en plus sinueux, au risque de s’y perdre. Sortant d’une séparation brutale avec Clara Stern, le narrateur est sans cesse ramené à la femme aimée dans les lieux qu’ils ont fréquentés. Son voyage à Florence lui a permis de laisser sa pensée s’abandonner à d’autres beautés, celles de la culture brillante du Quattrocento. Malgré cela, le retour à Paris le ramène au souvenir de Clara, dont la reconquête se fait de plus en plus inespérée, au point de la haïr. C’est alors que le récit arrive à un tournant : délaissant sa vie parisienne, s’enfermant du monde, il se met à écrire son histoire avec Clara Stern, une histoire ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre. Revenu à la vie, il rencontre chez un ami commun Yalda, en partance dès le lendemain en Toscane, qui lui propose de la rejoindre. « De retour de Florence, où j’étais allé passer une dizaine de jours pour oublier Clara Stern, je ne pouvais imaginer que le destin me ramènerait en Toscane quelque neuf mois plus tard – et encore moins que j’y trouverais l’amour. » Yalda le déroute, tant par sa fragilité, son naturel, ses rires que par l’émotion qu’elle engendre chez le narrateur, troublé leur complicité instinctive et leur goût partagé pour les beautés italiennes de la Toscane.

 

Outre cette histoire, ce récit n’est pas sans rappeler à certains moments Les Fragments d’un discours amoureux de Barthes, voire même pour certains détails La Modification de Butor. Toutefois, Eric Laurrent a su développer un style d’une élégance rare, «pesant chaque syntagme, chaque terme, en reprenant sans cesse la formulation, jusqu'à la refondre entièrement des dizaines de fois, hésitant bientôt entre une infinité de combinaisons possibles dont nulle n'était en définitive meilleure qu'une autre, toutes s’affirmant comme de purs exercices de style», le tout mêlé à certaines scènes faites d’autodérision et d’humour, comme si le narrateur, dans l’exercice de la réécriture, se dédoublait dans le récit d’une histoire amoureuse, entre un homme plein de passion et de déraison et l’écrivain plongé dans un univers reconstruit. «Tout soupirant est aliéné en effet, deux fous cohabitant en lui, l'un frappé d'un excès de passion, l'autre, d'un excès de raison, lesquels n'ont de cesse de se disputer tour à tour son esprit. (…) Cette oscillation permanente entre espoir et dépit, certitude et désillusion, m'empêchait de prendre toute initiative.» Œuvre à la fois postmoderne, baroque, burlesque même, l’écriture de Laurrent cherche à se détacher de la réalité immédiate pour établir des ponts avec la littérarité de ses propres expériences, l’intermédialité avec les œuvres d’arts. Ce roman est véritablement un « catalogue » des possibilités narratives offertes au roman contemporain français : Renaissance italienne évolue à la fois entre écriture de soi et autofiction, tout en essayant de trouver par un style extrêmement construit par le regard notamment, à donner ce goût renouvelé des objets et des descriptions.

______________________________________________________________________________________________________________________

Eric Laurrent, Renaissance italienne, Ed. de Minuit, 2008.

www.leseditionsdeminuit.eu

Commentaires

Beaucoup de justesse dans votre chronique. Un roman délicieux qui m'a fait découvrir Eric Laurrent. Après avoir lu ses autres publications chez Minuit, je pense pouvoir me risquer à dire que c'est à ce jour son roman le plus abouti !

Ecrit par : Philippe | 17.07.2008

Ecrire un commentaire