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10.05.2008
Le retour du grand récit : Djian et autres
Doggy Bag est la dernière invention du désormais bien connu Philippe Djian. Il s'agit d'une série qui retranscrit, saison après saison, le destin de ses personnages stéréotypés sur le mode "série américaine". Attention donc, mensonges, passions impossibles, scènes de cul et crises de nerfs sont au rendez-vous. Projet inédit ou début d'une nouvelle tendance littéraire ?
Philippe Djian est "l'écrivain le plus imprévisible de la littérature française, capable du meilleur, mais aussi du franchement moins bon. Un garçon mal élevé qui se fout totalement de ce que l'on pensera de lui, des bonnes et des mauvaises cases où l'on range les romanciers de littérature générale. Ce type-là écrit comme il respire et tant pis si, parfois, il a mauvaise haleine"*.
Doggy Bag, on aime ou on n’aime pas mais, on est forcé de reconnaître que Djian, toujours très soucieux de son style, a réussi son pari audacieux d'imposer son propre style romanesque aux feuilletons de familles. C'est lorsqu'il découvre les "nouvelles" séries américaines telles que "Les Soprano", "Six Feet Under", ... que lui vient l'idée de choisir cette forme, de l'appliquer à la littérature et ainsi de pouvoir jouer avec les "coins inexplorés du roman normal". En effet, la série lui permet de mettre en scène tout un éventail de personnages très stéréotypés qui lui ouvrent les portes de plusieurs univers : la secrétaire amoureuse de son patron, les beaux gosses trop malins, la mère alcoolique, ...
Pourtant, si l'idée de Philippe Djian est audacieuse, elle n'est pas tout à fait nouvelle. En effet, un article du Magazine Littéraire** viendrait replacer le succès de la série dans une tendance actuelle qui remettrait au goût du jour le roman-feuilleton. Ce dernier, né avec les premières publications des Mystères de Paris d'Eugène Sue en 1842 s'était éteint dans les années qui précèdent la Grande Guerre. Le public, de plus en plus féminisé, s'est à cette époque détourné du roman d'aventures pour préférer les histoires plus sentimentales.
Mais aujourd'hui, de récentes publications montrent que les écrivains retournent aux sources du genre : les éditions Phébus ressuscitent l'oeuvre de Zevaco, Zulman réédite les romans de Dekobra et le héros de Rohmer. François Taillandier avait déjà ouvert la voie en 1994 en publiant Les mémoires de Monte-Cristo tandis que récemment on vient de retrouver, Le Chevalier de Sainte-Hermine, l'ultime roman-feuilleton de Dumas, maître du genre, qui a été achevé par Claude Schopp.
Philippe Djian se place dans donc dans cette tendance qui cherche à nouveau à pour nous divertir, nous amuser tout en nous instruisant. Il n'est désormais plus le seul à transposer l'univers des séries dans ses créations littéraires. Martin Winckler vient en effet de se lancer dans le même jeu !
La suite, évidemment, au prochain épisode !
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Djian, Philippe,Doggy Bag, saison 1, 2, 3 et 4, Ed. 10/18, 2005-2008.
Interview vidéo de Philippe Djian sur Doggy Bag
Sources :
* Christine Ferniot, "Dérapages dans le vermouth", Lire, octobre 2005.
**Aubel François & Perrier Jean-Claude, "Le grand retour du roman-feuilleton, à suivre ...", Le Magazine Littéraire, n°475, mai 2008.
15:13 Publié dans Bunker de papier | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : doggy bag, djian, roman-feuilleton, paralittérature



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