« Les écrivains belges oubliés : Maurice des Ombiaux | Page d'accueil | Le retour du grand récit : Djian et autres »
01.05.2008
Michel Lambert ou la renaissance de la nouvelle
Né à Aïcha (ancien Congo belge) en juin 1947, Michel Lambert est tour à tour journaliste (Télémoustique, Trends Tendances, actuel rédacteur en chef du Carnet et les Instants), romancier, nouvelliste. Il est le confondateur et organisateur du prix Renaissance de la nouvelle, crée en 1991 et destiné à promouvoir la nouvelle de langue française.
Dans la vraie nuit de l'âme : la "renaissance" de la nouvelle
Depuis De très petites fêlures(L'Âge d'Homme, 1987), Michel Lambert s'est imposé dans le domaine de la nouvelle en Belgique. Il n'a cessé d'approfondir un univers romanesque dominé par la tristesse et la dérision. Ses personnages maladroits, désarmés, souvent cruels ou cyniques, ont en commun un désespoir viscéral, une fatalité qui les pousse à l'autodestruction, au silence et à la perte. S'ils irritent par leur passivité, leur incapacité "dramatique" d'adhérer à l'ordre (social,...) ne laissera pas indifférent le lecteur. Chacun d'eux illustre le problème de la solitude et de l'incompréhension, le "tragique" de cette soif d'amour qui dévore et qui ne trouve que la solitude des autres pour s'étancher.
La force des nouvelles de Michel Lambert se trouve "viscéralement" sur le personnage, un personnage à la fois multiple et unique, autour duquel gravite une série de constantes qui confèrent à l'oeuvre son originalité et sa cohérence (décor essentiellement urbain,...) Dans Une touche de désastre (Éditions du Rocher, 2006), les personnages nous ressemblent "étrangement", tel un miroir posé sur la solitude et l'inadaptation de notre propre condition. Les couleurs de ces personnages sont les nôtres, certains jours. Une touche de lâcheté. Une touche de mélancolie. Une touche de cocasserie. Une touche de bonté. Et une touche de désastre.
Simple, nette, précise, sobrement imagée, l'écriture sert à merveille le dessein de l'auteur, dont l'univers romanesque, très contemporain dans l'évocation réaliste de l'existence quotidienne, touche à l'universel par la peinture subtile des caractères.
"L'improbable rencontre ": découverte de l'écrivain à Namur dans le cadre de "Je lis dans ma commune"
"Toutes les histoires qui me venaient à l'esprit portaient en elles une touche de désastre."Cette phrase de F. Scott Fitzgerald ouvre et résume l'esprit du dernier recueil de nouvelles de Michel Lambert, Une touche de désastre (Op. cit.) dans lequel les personnages multiplient les journées qui tournent en rond, les jours de cafard et de pluie, où les sentiments, les manques ou les silences se suivent et mettent en scène la vie des gens de tous les jours, avec leur propre participation. C'est la réalité toute simple, mais réinventée (réécrite) et jouée par les intéressés eux-mêmes. Le personnage évolue au fur et à mesure de la nouvelle, à partir d'un évènement intérieur, sans nécessairement voir cette évolution, proche de la perte et de l'autodestruction, que le personnage épouse sans nécessairement s'y accomoder.
Pour Michel Lambert, ce qui caractérise l'écrivain, c'est d'abord et avant tout le travail de l'écriture, une écriture dont la simplicté est guidée par cette volonté d'écrire ce que l'on voit. "Il y a deux sortes d'écrivains, ceux qui écrivent la vie réelle, et ceux, comme moi, qui écrivent la vie possible, une vie par procuration en partant de l'extérieur pour rattraper le personnage. C'est voir comment je me débrouillerais dans une situation que je n'ai jamais vécue, apporter une réponse différente par la fiction en laissant les choses telles qu'elles sont, sans rien expliquer, en assimilant la matière." L'auteur apparaît ainsi en retrait, distant par rapport au sujet :" il s'agit de voir les personnages, sans aucune projection de l'émotion, en suivant la logique interne des personnages. Si l'histoire est inconsciente, l'écriture est maîtrisée ; elle donne l'impulsion, la musicalité, elle varie autour de thèmes. Elle est motivée uniquement pour aller vers l'inconnu grâce à des choses observées, dans le possible."
--------
Michel Lambert, Une touche de désastre, Ed. du Rocher.
12:41 Publié dans Bunker de papier | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



Ecrire un commentaire