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05.04.2008

Paralittérature : un gros mot pour plusieurs petites choses

232566593.jpg"Tout le monde, nous semble-t-il, fait la différence entre Benjamin Castaldi et Julien Gracq", prétend Éric Nolleau*. Oui mais, si tout le monde différencie ces deux auteurs, rangeant Gracq dans la « bonne littérature » et Castaldi dans la paralittérature, faut-il pour autant classer ce dernier au même rang que Simenon, Sade, Tolkien ou Rowling ? A nouveau, les lecteurs sont à même de faire une différence. Pourtant, tous se rangent sous l’appellation commune de paralittérature.

Ces paralittérature son défendues vivement par Daniel Fondanêche dans son ouvrage Paralittératures. Il milite pour la reconnaissance de ces oeuvres qui, oubliées ou boudées par les chercheurs et les critiques, se révèlent souvent intéressantes, peut-être parfois plus pour leurs contenus, certe, que leurs pour qualités formelles. Cependant, Danièle Fondanèche, divisant les paralittératures en plusieurs socles, ne prend pas le temps de les différencier clairement et regroupe sous cette appellation toutes les formes de littératures marginales. Pourtant, une distinction devrait encore être définie dans cette vaste productions que la "bonne littérature" tend à marginaliser.

Il faut en effet distinguer deux grandes catégories dans cette littérature "hétérodoxe" : les "littératures éphémères" ou les "littératures éternelles", comme les baptisent Dominique Viart et Bruno Vercier dans l’introduction de Littérature française au présent**.

Nous avons donc d’une part la littérature éphémère. Cette forme de littérature qui est plus attentive aux exigences du marché qu’à la littératité. En effet, reflétant les modes et les humeurs d’une époque, elle cherche avant tout à se vendre en provoquant des scandales, en se conformant au goûts et aux envies du moment. Cette frange de la littérature se voit souvent investie par les "people", entendez par là, tous les chanteurs, vedettes de télévision, hommes politiques, acteurs, sportifs, ... qui sont aussi éloignés de la littérature que ne l’est Flaubert du football. Tous ces ouvrages, bien que rencontrant quelque fois un franc succès, ne survivront pas longtemps dans la mémoire des lecteurs et encore moins dans celle des critiques.

D’autre part, nous sommes face à la littérature éternelle : cette littérature qui, malgré sa condition marginale, continue d’être lue et relue. Souvent, ces œuvres appartiennent à des genres tellement codifiés qu’ils relèvent plus de l’artisanat que d’une véritable création. Ils reproduisent tout en faisant varier quelques ingrédients, les mêmes recettes. Nous pensons par exemples aux romans policiers, aux romans sentimentaux, aux romans historiques, … Pourtant, ils continuent à plaire à l’imaginaire des lecteurs et à les divertir. Leur but avoué n’est pas de jouer avec les exigences formelles mais, de nous amuser tout en nous instruisant. C’est pour cela sans doute qu’aujourd'hui encore, elles continuent de vivre et de connaître un succès important.

Il convient donc lorsque nous parlons de paralittérature, soit de savoir distinguer les deux catégories que ce terme contient, soit de parler plutôt de littérature éphémère et de littérature éternelle (ajoutez le préfixe « para » si vous ne supportez pas de les voir nommées de la même manière que ce que vous considérez comme La Littérature). Bien sur, elles se distinguent évidemment toutes les deux de la « bonne » littérature, c’est-à-dire, celle qui sans avoir pour autre but que celui de nourrir l’imaginaire des lecteurs, ne meure pas d’une saison à l’autre et résiste mieux aux effets de mode. Mais, tout ce qui se trouve sous cette appellation ne relève pas des mêmes exigences. Il faudra donc essayer de s’en rappeler lorsque péjorativement, nous avons tendance mélanger tous ces auteurs.

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* NAULLEAU, É., Au secours, Houellebecq revient !, Paris, Chiflet&Cie, 2005
** VIART D. & VERCIER, B., La littérature au présent, 2e éd., Paris, Bordas, 2008.

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