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24.02.2008
Billet d'humeur : liste de Lecture
Chaque année, septembre et sa rentrée littéraire assomment littéralement la communauté des lecteurs. Des centaines de nouveautés, par des dizaines d’éditeurs. Des dizaines de prix aussi obscurs les uns que les autres, des centaines de petits rubans rouges sur les couvertures qui agressent la rétine, des milliers de quatrièmes de couvertures parcourus en diagonale. Les critiques sur les blogs, les magazines littéraires, les publicités, les vitrines, AU SECOURS ! La tension et la frustration sont palpables pour les « vrais », ceux qui ne veulent rien laisser passer, qui ont peur de manquer la perle de l’année.
Mais ce n’est pas tout. Arrive le mois de juin, vous avez à peu près décodé le cru de cette année (vous avez découpé le top 20 de l’année paru dans « Lire ») et vous lisez paisiblement un roman de Marcel D. lorsque tout à coup vous le décrétez génial. Vous vous informez sur ce fameux Marcel D., sur Internet, les blogs, les magazines littéraires. Mince ! Le bougre a déjà une demi-douzaine de chefs-d’œuvre à son palmarès ! Vous vous empressez de vous les fournir en accrochant au passage deux ou trois couvertures qui vous plaisent dans la librairie. Puis y’a aussi cet auteur américain, indispensable selon votre pote. Et ce prof qui ne jurait que par l’autre là, allez je le rajoute au panier. Et puis y’a toujours Steinbeck que je me suis promis de lire, il faut avoir lu Steinbeck ! Hééé, là, Kerouac, Bret Ellis n’arrête pas de le citer ! Ah, justement, ça me fait penser qu’il faut absolument que je finisse 1984 de Orwell…
Oooommmmm… Asseyez-vous en tailleur, posez vos mains sur vos genoux et soufflez… Tout lecteur trop consciencieux a sacrément besoin de cours de yoga de nos jours. Et accessoirement d’un compte bancaire aux Bahamas alimenté par l’argent de la cocaïne (mais ce n’est pas ce qui nous occupe ici).
Il existe une sorte de pression constante, indicible, sur les gens qui aiment la lecture. Il faudrait avoir tout lu, il faudrait manger du classique au petit déjeuner, dîner avec le dernier prix Goncourt et garder un ovni de l’édition indépendante pour souper. Comme un besoin de consommer, insufflé par qui sait quels vices de notre société déréglée.
Si vous ne comprenez toujours pas de quoi il est question ici, l’émanation matérielle de la chose existe, mais dans ce cas, dans le domaine de la peinture. Les 1001 tableaux qu’il faut avoir vus dans sa vie » de Stephen Farthing chez Flammarion . Un genre de suppositoire qui calmerait temporairement la douleur (mais difficile à insérer, je vous le concède). Dans le même genre, on trouve aussi Les 1001 livres qu’il faut avoir lu dans sa vie présentés par Jean d’Ormesson. Un échelon de plus gravi dans l’échelle de l’horreur !
Comment sortir de cet engrenage de fous furieux alors ? Trois options s’offrent à vous ;
Soit, comme moi, vous tombez à court d’oseille et vous évacuez votre frustration en vous mettant en scène dans des articles autofictifs sur des ouvrages du Moyen-Âge.
Soit vous achetez l’ouvrage de Pierre Bayard, Comment parler des livres qu’on a pas lus (Editions de Minuit). Un livre extrêmement bien construit, aux références multiples et pointues, une prose virevoltante, on en reste assis ! (si vous voyez où je veux en venir…)
Soit vous êtes assez forts pour réaliser et accepter que c’est la lecture qui accompagne l’homme et son évolution et pas l’homme qui doit accompagner la lecture et son évolution. A chaque instant de la vie sa lecture et non l’inverse.
Il est impossible d’avoir tout lu, vu et entendu. Alors plutôt que de préparer une potion ultra-compliquée en jetant plein d’ingrédients dans une marmite et avoir la dalle en attendant qu’elle soit (jamais) prête, mangez les ingrédients ! Et si cette métaphore est trop scabreuse, comprenez juste que la lecture reste un plaisir, qu’il ne faut pas lire pour avoir lu !
17:50 Publié dans Café littéraire | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : humeur



Commentaires
... sans compter qu'il faudrait lire tout ce qui se publie — et s'écrit ! — sur les livres, articles...
Ecrit par : JHP | 18.03.2008
Ceci à propos de l'article sur "Le bon usage..." : le nom de l'auteur s'écrit sans accent aigu ! Ne pas confondre Maurice Grevisse avec un certain Grévisse, joueur de basket du club gaumais de Saint-Mard !
Ecrit par : JHP | 18.03.2008
Une liste de lecture... "Septembre... assome", comme l'écrit l'auteur à la première ligne ? C'est assommant, non ?
Ecrit par : JH | 18.03.2008
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