23.02.2008
Alain Robbe-Grillet, la fin du dernier pape littéraire
Les Grands écrivains de la seconde moitié du XXe siècle sont en train peu à peu de nous quitter définitivement. Après Julien Gracq, c'est au tour d’Alain Robbe-Grillet de quitter de la scène. En effet, le pape du Nouveau Roman est décédé lundi 18 février à l'âge de 85 ans.
Écrivain controversé, admiré, jalousé, respecté, il s'était institué chef de la dernière véritable école littéraire grâce à ses convictions esthétiques fortes. Le Nouveau Roman qu'il défend est une manière de lutter contre la littérature de son temps, de lutter contre la littérature qu'il trouvait alors périmée, facile et qui plaisait au public.
En 1945, Alain Robbe-Grillet obtient son diplôme d'ingénieur agronome. Mais cette voix ne semble guère l'inspirer et après ses nombreux voyages aux Antilles et en Afrique, il se découvre une passion pour l'écriture. Mais, le début sera difficile, les maisons d'édition refusent son premier manuscrit. Notamment Gallimard. Ce sera en 1952 qu'il parviendra à faire éditer son second roman Les Gommes par Jérôme Lindon, directeur à l'époque des éditions de Minuits. À partir de ce jour, la maison d'édition et l'auteur vont entretenir une relation qui dura jusqu'à sa mort. Au fur et à mesure, Robbe-Grillet prendra même sa place au sein de la maison d'édition.
Lorsqu'il voit que ses premiers livres sont rejetés, il se rend bien compte que son originalité est d'aller contre les règles établies, contre les romans traditionnels. Il décide donc d'établir ses propres règles qu'il trouve plus adaptées à son temps : Pour un nouveau roman 1963.
En 1965, il publie Le Voyeur qui va véritablement lancer sa carrière littéraire en obtenant le Prix des Critiques grâce à l'appui de Georges Bataille et Maurice Blanchot. Qui ont été avec Barthes et quelques autres les premiers à le soutenir. Le roman provoque évidemment un scandale dans le monde littéraire de l'époque.
En 1957, il publie encore La Jalousie, roman rempli de photographie de la vie coloniale sans action et sans intrigue. Ce dernier laissera perplexe le lecteur qui avait adopté l'auteur après ses deux romans précédents mais Robbe-Grillet est déjà devenu à ce moment le sujet favori des études littéraires à l'université.
En 1963, il réalise grâce à l'aide d'André Malraux et au succès de L'année dernière à Marienbad (film qu'il a écrit et qui a été réalisé par Alain Resnais) son premier film L'Immortelle. Ainsi débute sa carrière cinématographique. Plusieurs films suivront toujours réservé à un public plus averti qu'à un public populaire.
Après une dizaine d'année plus ou moins infructueuse sur le plan littéraire, Robbe-Grillet opère une conversion inattendue vers l'autobiographie avec Le miroir qui revient en 1984. Peut-être le meilleur roman d'Alain Robbe-Grillet. Suivront Angélique ou l'enchantement (1987), Les Derniers Jours de Corinthe (1994) et La Reprise (2001).
Ces oeuvres jouent sur la frontière qui sépare le roman de l'autobiographie sans pour autant tomber dans l'autofiction. Son dernier roman, Un roman sentimental poussait ce jeu jusqu'à la pornographie.
Ainsi, Alain Robbe-Grillet s'éteint après un dernier roman provocateur et polémique comme le furent ses premiers romans. Pionnier d'une nouvelle conception de la littérature, Robbe-Grillet aura mené grâce à sa virtuosité verbale, ses égarements narratifs, ses thèmes récurrents et son intensité fantasmatique sont école tout à long de la seconde moitié du XXe siècle. Ecole qui aura regroupé de grands noms tels que Duras, Beckett, Simon, ...
Élu en 2004 à l'Académie française, il fausse aujourd'hui compagnie aux Immortels sans jamais s'être plié à leurs rites et leurs coutumes et il les laisse dans une belle pagaille avec un siège en plus à combler.
10:20 Publié dans Vous plaisantez, M. Wagner | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Robbe-Grillet, Nouveau Roman, littérature, académie



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