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02.02.2008
Autofiction : porte ouverte
L'autofiction peut être définie selon Dumitru Tsepeneag (écrivain roumain novateur de la fin du XXe et traducteur de Robbe-Grillet et de Pinget) avec cette formule : "L'autofiction, c'est l'autobiographie avec la raie de l'autre côté."
Ce nouveau concept voir même genre littéraire est difficile à cerner et est en fait le moyen de combiner l'esthétique du soi et une oeuvre littéraire. Ce qui n'est pas sans rappeler les célèbres Essais de Montaigne.
Je serai tenté de dire que ce genre se répand de plus en plus et est une voix d'accès privilégiée pour tous ceux qui viennent contaminer la littérature.
Ce genre qui est pour moi le triomphe de l'insignifiance : tout ce qui pourrait être considéré comme inutile, banal, sans importance devient le sujet principal du livre et le narrateur (ou l'auteur dans ce cas ?) espère toucher l'universel à partir de son petit bout de rien du tout pour accentuer encore la reconnaissance du lecteur. Cité précédemment, la première phrase du livre de Jean-Philippe Toussaint vient en quelque sorte faire acte de cette nouvelle voix dans laquelle se dirige la fiction : "C'est à peu près à la même époque de ma vie calme où d'ordinaire rien n'advenait, que dans mon horizon immédiat coïncidèrent deux événements qui, pris séparément ne présentaient guère d'intérêt, et qui considérés ensemble, n'avaient aucun rapport entre eux." Beigbeider, Nothomb, et bien d'autres s'engagent désormais dans cette voix ... à sens unique ?
Pourquoi dis-je contaminer ? Parce que de plus en plus, cette autofiction devient le genre favoris qu'envahissent tous les "people". Par "People", j'entends tous les chanteurs, vedettes de télévision, hommes politiques, acteurs, sportifs, ... voir même les criminels (Michel Martin récemment) qui sont éloignés de la littérature. Comme disait Eric Naulleau : "tout le monde, nous semble-t-il, fait la différence entre Benjamin Castaldi et Julien Gracq".
Chaque année, c'est la même chose, les productions de ces personnages médiatiques envahissent les rayons des libraires qui ne savent plus dans quelle catégorie les placer et les articles dans les médias qui finissent presque par en oublier la littérature.
Pourquoi dis-je à sens unique ? Parce que après avoir d'abord mis en scène la fiction elle-même avec les nouveaux romanciers, les auteurs se mettent désormais eux-même en scène. Robbe-Grillet serait peut-être le témoin de se basculement. Le recours à l'autofiction ne serait-il pas la un indice que les auteurs en manque d'imagination puisent dans leurs dernières ressources, c'est-à-dire, eux-même pour sortir encore un numéro. Ce qui n'est pas sans faire référence à Narcisse qui a force de se contempler a fini par dépérir.
L'autofiction, sous le masque de la littérature devient en fait le lieu favoris de l'exposition de soi, des révélations invraissemblables et le moyen d'encaisser encore quelques bénéfices supplémentaires.
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J.-P. TOUSSAINT, L'appareil-photo, Paris, Editions de Minuits, 1988, coll. "Double".
E. NAULLEAU, Au secours, Houellebecq revient !, Paris, Chiflet&Cie, 2005
11:50 Publié dans Vous plaisantez, M. Wagner | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : autofiction, littérature



Commentaires
Que d'honneur d'être cité dans cet article...Mais revenons à l'essentiel, l'autofiction est un genre essentiellement franco-français, et il ne doit pas être confondu comme c'est trop souvent le cas à une autobiographie comme celle qui gangrène le marché autour de starlette de TF1 ou de real-tv... Le genre du moi se répand, néanmoins, tout n'est pas à jeter, pensons à la littérature concentrationnaire où l'auteur-narrateur tombe dans "l'homonymat" pour évoquer son expérience, ne peut-on pas placer au final ce genre du côté du type de "l'homme sans qualités", tel que nous l'approchons au cours? Lire une expérience, une vie réécrite, reconstruite, bref, autoréflexive, en tant qu'elle doit inventer un langage, donner un nouveau sens aux mots et à la vie, n'est-ce pas là une "porte ouverte" dans l'antichambre de l'inconscient, du néant, du vide?
Et puis quand la porte est ouverte, ne faut-il pas rentrer?
Ecrit par : pjassogn | 02.02.2008
Franco-français, je ne crois pas. Avec "Lunar Park", Bret Easton Ellis nous a servi un récit des plus ambigus. Il s'est mis en scène dans une autofiction qui est vraiment parfaite. Il utilise son nom, cite ses ouvrages, joue tellement bien avec le lecteur qu'on ne sait parfois pas à quel degré il se situe. Comme s'il avait dégagé un point de vue situé entre la fiction de ses autres romans et sa réalité, une étape intermédiaire. Mais ça je le sais parce que je me suis renseigné sur sa réalité. Et c'est vrai qu'à part ce "jeu", le thème, l'histoire en elle-même n'a rien d'exceptionnel (comme la "Disparition" non?), et je préfère cent fois ses autres bouquins.
On parle de Beigbeder, y'a quelque chose que je voudrais comprendre avec lui. Pour moi, son trip c'est de voir que les masses l'assimilent totalement avec ses personnages (il est toutes les semaines dans "Public" (magazine people)). Je crois qu'il s'est inventé un personnage et que maintenant les gens le voient comme ça.
L'autofiction a deux directions, on peut romancer légèrement sa vie mais on peut aussi "vitaliser" son roman. Je ne sais pas si je me fais bien comprendre... Mais imaginez que Stendhal aurait appelé Julien Sorel, Julien Stendhel, l'ambiguité que cela aurait créé.
Et puis il y l'éternelle question, peut-on écrire en se détachant complètement de soi-même? Est-ce que de toute façon, de tous temps, chaque roman n'était qu'un miroir plus ou moins déformant de la vie de son auteur? Pour moi c'est certain. On ne peut pas écrire gratuitement.
Alors peut-être faudrait-il faire la distinction entre médiocrité contemporaine et l'autofiction.
Je pourrais continuer en causant de Zeller et de sa "Fascination du pire", de la génération moi-je et toi-tu et de la culture blog, mais je me trouve dans la section commentaires, pas sur un forum!
Ecrit par : Simon | 02.02.2008
Je pense que lorsque tu dis "vitaliser" son roman, les étudiants de Madame Brogniez se souviennent du scénario auctorial que les auteurs adorent. Beigbeder doit surement se ranger dans cette catégorie. Maintenant est-ce que scénario auctorial doit être considéré comme une partie d'autofiction ? Je n'irai pas jusque là.
Par contre, sur la question du détachement total lorsqu'on écrit, je pense également que c'est impossible. Zola a essayé et malgré la quasi perfection de son objectivité, il reste quelques failles qui trahissent parfois sa propre subjectivité.
Ecrit par : Nicolas | 02.02.2008
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