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20.01.2008
La Cruche cassée

Adam, juge peu scrupuleux de la province de la très bourbeuse province d'Utrecht, est inspecté par le très sévère Conseiller de Justice. En ce jour d'audiences publiques, il se trouve containt d'instruire de sa propre faute, une visite sulfureuse chez la jeune Eve. Dans ce procès, où le juge est coupable, la jubilation du spectateur réside dans la farce et l'observation des efforts du juge Adam, efforts démoniaques qu'il déploie pour détourner le soupçon sur d'autres. La pièce montre l'instruction réjouissante de cette rencontre nocturne entre le juge Adam et la petite Eve. C'est en 1802 que Heinrich von Kleist entreprit d'écrire La Cruche cassée, sa seule comédie. Le mérite de Kleist et de la pièce est sans doute l'art précis avec lequel il a su faire intervenir alternativament, les quelques éléments accusateurs (cruche, perruque, pied bot,...), chacun des éléments apparaissant d'abord comme une menace, puis comme une chance de salut, pour venir finalement prendre une juste place dans le puzzle parfait que redoutait le juge Adam. La Cruche cassée a été représentée pour la première fois en 1808 au Théâtre de Weimar dirigé par Goethe. Mais celui-ci, soit par malveillance de par ses sentiments à l'égard de Kleist, soit faute d'avoir discerné le vrai sens de la pièce, la coupe de deux entractes empêchant ainsi le spectateur de suivre la progression, et faisant prendre pour du désordre la savante construction voulue et réalisée par Kleist. Le public allemand reconnu la valeur de la pièce, tant et si bien qu'il fait désormais partie du répertoire classique, et dans le juge Adam, une des premières incarnations du héros moderne, coupable et sordide, appelé à la destruction totale.
Dans la mise en secène proposée par Frédéric Bélier-Garcia, on retiendra notamment l'effort tragi-comique dans l'instruction d'un fait divers grotesque et sulfureux, dans la chute inaliénable qui s'ensuit de la renconte entre le juga Adam et de la petie Eve dans un éclat de rire allègre, assez proche du Tartuffe de Molière. On reste plongé d'un bout à l'autre de cette instruction inattendue et pleine de méprise, où Kleist transpose son obsession majeure, celle de la Justice, et ici, du justicier confondu par la Justice même qu'il est tenu de faire respecter. Comble de dérision, le juge Adam, personnage borné et sans grandeur, porte le nom du premier coupable de l'Humanité, dont il n'a même pas pu reproduire la faute : il a seulement désiré Eve, et son désir, malgré voies tortueuses qu'il a empruntées, n'a pas été satisfait. Et puis, c'est l'acteur belge Jan Hammenecker, qu'on a pu voir notamment dans Max et Bobo, qui, dans l'interprétation de ce terrible juge Adam qui retient le spectateur dans cette pièce à voir absolument !
La pièce fut écrite en 1803. Elle raconte qu'un inconnu s'est introduit la nuit dans la chambre d'une jeune fille. Obligé de s'enfuir par la fenêtre, il a cassé une cruche en faïence de Delft. Autour de cet objet, pièce à conviction, s'instruit le procès devant le juge Adam. Les preuves contre le fiancé de la jeune fille semblent convaincantes mais, peu à peu, l'accusation dévie jusqu'à retomber sur le juge Adam lui-même. Celui-ci descend de l'estrade, perd sa perruque et s'enfuit comme un fou... Le juge est lui-même le coupable : le ridicule de la comédie vient de là. Partout, il y aura toujours un Adam qui s'arrogera le droit de juger un autre Adam : la philosophie de la comédie vient de là. En un seul acte ininterrompu, l'action se déroule, intense, riche en épisodes dans le décor d'une petite bourgade de Hollande. Là, au cours d'un procès, chaque personne se dévoile, chaque chose prend son relief ; au cours de l'aventure, nous voyons se profiler la cruche cassée autour de laquelle tout se meut : objet inanimé dont dépend la vie affairée des personnages. Evènement.fr
On est toujours très heureux, au théâtre, de découvrir un acteur inconnu. C'est le cas, ici, du Belge Jan Hammenecker, qui reprend avec truculence le rôle du juge Adam, tenu, il y a plus de vingt ans, par l'ascétique Philippe Clévenot. Mise en scène par Frédéric Bélier-Garcia, qui pousse dans la farce, la comédie de Heinrich von Kleist est donnée pour ce qu'elle est: abracadabrante dans sa rouerie et sa simplicité mêlées. Car le juge Adam, affligé par ailleurs d'un pied de bouc, n'est autre que le coupable du crime dont il doit conduire l'instruction. Pas jolie-jolie, l'affaire - de mœurs - est menée tambour battant par de bons comédiens. Une réjouissante curiosité. L'Express
11:28 Publié dans Bunker de papier | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note



Commentaires
Cette pièce est-elle actuellement jouée en Belgique ? Bruxelles ou Namur ? Voir Paris pour notre prochain séjour ?
Ecrit par : Nicolas | 20.01.2008
j'ai été voir la pièce ce samedi au théâtre royal, je crois qu'elle est en tournée en Belgique et à Bruxelles, notamment...
Ecrit par : pjassogn | 20.01.2008
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