02.12.2007
Les particules de 2007...(sélection évidemment subjective)
La fin de l'année est proche, et avec elle son lot de festivités, d'obligations (=blocus ou inviter sa tante Bertha) et de crises de foi(e)... C'est pourquoi le Particule s'est déjà mis sur son trente et un avec un peu d'avance certes, mais toujours avec le pétillant du champagne tiède et des petits fours sans fioriture...Tout au long du mois de décembre, retrouvez les sélections des livres qui ont marqué les collaborateurs du Particule des Manches et de son forum.
Des femmes, des cabinets et du jazz...
L'année a commencé (à Rome) avec un recueil de nouvelles d'un auteur français, Marc Villard, et son burlesque "J'aurais voulu être un type bien" (Folio) dans lequel il dépeint un univers peuplé de personnages écrasés par la société. "Dur sur l'homme, sobre au sol, royal dans les airs", tel était Robert Jonquet, demi-centre de la grande équipe de Reims. Telle est aussi l'écriture de ce poète, romancier et nouvelliste qui aborde ici un genre rare et périlleux: la nouvelle à caractère autobiographique, à travers une succession de clichés pris sur le vif (le vif du sujet, cela s'entend!). De tout cela, il en naît un personnage, l'auteur, un peu à la manière dont Woody Allen a pu se mettre en scène, car ses nouvelles sont souvent drôles, burlesques même, mais surtout joliment pathétiques. Déjà février et l'heure du renouveau romantique (Saint Valentin et autres...), la lecture des "Exploits d'un jeune Don Juan" (Folio)provoquera chez le lecteur lambda une sensation jamais ressentie et même sera presque envieux des aventures du jeune Roger qui ne rêve que de filles et de femmes, de séduction, d'étreintes, d'odeurs et de formes abondantes dans le plus total abandon. La fin de l'innocence a sonné pour l'adolescent qui embrasse, caresse et séduit tout, vraiment tout ce qui porte jupon, ne reculant devant aucun fantasme ni aucune perversion pour assouvir ses désirs et parfaire son apprentissage amoureux car il s'agit bien d'un roman d'initiation amoureuse et sexuelle, à la fois drôle mais surtout provocant qui fut écrit par l'un des plus grands poètes du XXe siècle, Guillaume Apollinaire. (à proscrire avant d'aller au bunker) Mars et le printemps, "Sartre et la Citroneta"(Editions Métailié), ouvrage dans lequel Mauricio Electorat mêle le récit de ses années d'adolescence à travers le personnage de Pablo qui retrouve au moment de retourner au Chili, Nelson le mouchard qui l'a obligé à l'exil. Pablo nous raconte les aventures cocasses des étudiants engagés dans un parti de la gauche clandestine où ils découvrent que la fameuse résistance au régime de Pinochet tient davantage de la farce tragi-comique que de l'aventure héroïque et qu'elle est très loin des idéaux de Sartre et de Camus. La réalité se charge ainsi de leur apprendre le mensonge, la trahison et l'indifférence. L'ironie et dévastratrice, l'humour et la tendresse donnent le ton dans cette construction où les plans se superposent et tiennent le lecteur en haleine d'un bout à l'autre du récit. Avril et Mai, place aux lectures imposées... Puis Juin, au milieu du blocus, un livre hilarant tombe dans vos mains, "Lire aux cabinets" d'Henry Miller (Folio) au moment-même où l'on n'a pas vraiment le temps de lire pour son plaisir...Dans ce livre, Henry Miller s'invite dans notre intimité en faisant quelques suggestions pleines de bon sens, pourquoi ne pas lire dans les transports en commun ou dans les cabinets, ces derniers étant des lieux calmes par excellence, et après tout puisque nous sommes obligés d'y aller, pourquoi ne pas profiter au mieux du temps que nous y passons...Pourtant, à y regarder de plus près, ce n'est peut-être pas une si bonne idée...Miller se livre à quelques réflexions désopilantes en mêlant souvenirs et anecdotes sur les cabinets...de lecture. Enfin les vacances, le farniente et des livres à lire, cette année, j'avais décidé de m'enf(o)uir dans le pays de l'Oncle Sam...et en parlant de Sam, j'ai été bouleversé par
le recueil de nouvelles de Sam Sheppard "A mi-chemin" (10/18) dans lequel il livre une tranche de vie, et puis une autre, pendant un moment, une émotion. L'Amérique est là qui se dévoile, sans d'immenses buildings, sans grands principes, sans étendard flottant au vent. Seulement quelques coins de campagne, des femmes, des hommes, des animaux. Des rêves à construire et à ravaler. Du temps à vivre avant de mourir, juste un battement de coeur, et puis un autre. Chercher un sens, une direction, restera toujours que le vent, les grands espaces et la poussière sur la route. Chroniques de la vie ordinaire, et à la fin, le rideau tombe et l'on applaudit, grâce à cet artiste capable en si peu de mots et d'effets, de toucher nos coeurs endurcis. Et puis on se dit que "Tout le monde peut écrire une chanson triste" de James Crumley (Folio) sur fond de country music, cette musique de l'Amérique profonde que se déroulent les nouvelles de ce recueil. Elle rythme les journées du jeune soldat John Robert en permission chez ses parents, comme elle accompagne l'histoire tragique de Benbow, un pauvre type amoureux d'une femme qu'il aurait mieux fait d'éviter, le tout avec une tendresse bourrue pour ses héros désespérés. Et 'espoir dans tout ça? Un best-seller me l'a apporté "Eloge des femmes mûres ou les souvenirs amoureux d'András Vajda", peit bijou de subtilité, de nuances sur la découverte de la sexualité...comme a dit Maurice Nadeau, dans la Quinzaine littéraire, ce roamn montre l'érotisme, le vrai, celui qui se pratique dans la découverte et le respect de l'autre, et qui enrichit la connaissance de soi, c'est joliment dit, non? Et voilà la rentrée, retrouvailles et volailles, et surtout l'envie de passer un week-end avec un "Chouette petit lot" de Jim Thompson (qui a fait l'objet d'un article dans le PdM) dont voici un extrait : Dusty était dans le hall lorsqu'elle a franchi la porte de l'hôtel. Elle pouvait avoir vingt ans comme soixante avec sa chevelure souple couleur de cendre, mais son corps épanoui annonçait une trentaine bouleversante. Ce n'était pas une femme, c'était toutes les femmes: le danger, la fascination et l'irrépressible envie de l'approcher. Dusty pourtant le sait. Une cliente reste intouchable. Derrière la tentation peut se cacher le piège. Que cette femme ressemble à ce point à sa mère défunte est fascinant. Lui qui a tout arrêté pour épauler son père est brutalement rappelé aux vérités enfouies de sa naissance. Doit-il trahir? Doit-il faire confiance? Est-il lui-même aussi naïf que son visage d'ange le laisserait croire?... affaire à suivre donc! Déjà, il faut finir, un dernier verre, rien qu'un, et passer "Un Soir au club" de Christian Gailly (Minuit) : l'histoire est classique, celle d'un buveur désintoxiqué qui après des annés d'absolue sobriété s'autorise soudain un petit verre. Et replonge. Il a suffi d'un soir au club, unpetit club de jazz de province pour qu'il se remette à la vodka et au jazz, le vice, le démon, son art. Dix ans plus tôt, pianiste renommé, Simon Nardis avait abandonné le jazz pour "raisons de santé" : il s'était rangé définitivement, était devenu un bon mari, un bon père, un bon spécialiste de chauffage industriel, n'écoutant que de la musique classique... Fin d'année, et fin du verre, on remettra cela promis l'année prochaine sur de nouvelles pages cornées... (Pierre Jassogne)
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