02.12.2007
A la Recherche du Temps Perdu
"In Search of Lot Time", voilà le titre de l'article de Dan Morrison paru dans le Time la semaine dernière.
Dans son article, le jouraliste n'est pas tendre pour la culture française, il proclame en effet son avis de décès.
La culture française est-elle effectivement morte ? C'est ce que Dan Morisson tente de nous démontrer à travers les six pages de son article dans lesquelles il passe en revue tous domaines culturels français et démontrer que la France a perdu son rayonnement d'antan. Le pays de Molière, Hugo, Balzac, Proust, Piaf, Truffaux n'est plus admiré comme autrefois pour l'excellence de ses écrivains, de ses artistes et de ses musiciens.
Mais quelles en sont véritablement les causes ? Derrière sa lecture très politique et la remise en cause d'un système trop dirigiste et subventionné, le principal défaut de la culture française est que désormais elle devient incapable de s'exporter. Rien de révolutionnaire dans le cinéma, rien de nouveau dans la littérature : seulement 30% de la production française est traduite et à peine une poignée de romans trouvent un éditeur hors des frontières.
Paris, lieu de naissance de l'Impressionisme et du Surréalisme a été dépassée par New York et Londres. Une exemple : seulement 8% des ventes publiques d'art ont lieu en France contre 50% aux Etats-Unis et 30% en Angleterre.
Les Américains et les Britanniques dominent aussi largement la scène musicale. A ce propos, l'auteur met au défis les lecteurs étrangers de citer le nom d'un artiste français vivant d'importance mondiale. Johnny Hallyday ?
Dan Morrison trouve des mots durs : la France qui était autrefois un pays d'influence mondiale avec ses philosophes controversés (Voltaire, Descartes, ...) et ses révolutions dans le domaine de l'art ne serait plus qu'un crochet intéressant à visiter. Seulement 20% des américains considèrent encore la culture comme un domaine où la France excelle.
Il note aussi que les écrivains ont participé à ce déclinisme. Depuis 1950 et le "Nouveau Roman", la littérature française aurait sombré dans un nombrilisme à l'heure où le monde bouge très vite. Les romanciers français écrivent économiquement, élégamment mais dans uns style qui ne s'exporte pas bien et ont du mal à produire une culture populaire, Morrison prend alors l'exemple de l'autofiction. "French writers think they have to be intellectuals" dit François Busnel, directeur du magazine Lire interrogé par le journaliste.
Profitant de cela, les littératures étrangères se vendent de mieux en mieux en France : les auteurs anglo-saxon comme William Boyd, John le Carré, Ian McEwan, ... et même les auteurs populaires comme J.K. Rowling ou Stephen King, trouvent leurs places dans les listes des meilleurs ventes.
L’article de Time se conclu alors sur un conseil : si la culture française veut retrouver son éclat, il faudra profiter de son métissage. «La France est devenue un bazar multiethnique d’art, de musique et d’écriture venant des banlieues comme des coins les plus divers du monde non blanc.» Elle doit valoriser ces nouvelles richesses pour retrouver son rayonnement. Morrison pense que les secteurs les plus porteurs de la culture française seraient aujourd’hui la nouvelle chanson française, le hip-hop et le rap des banlieux, ainsi que la bande dessinée. "Car se sont des produits qui s'exportent bien.*"
----------------------------------------------------------------
MORRISON, Dan, "The Dead of French Culture" in Time, publiée le 21/11/07 sur http://www.time.com/time/magazine/article/0,9171,1686532-...
Source : *Libération
12:05 Publié dans Café littéraire | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Time, Dan Morrison, littérature, française



Commentaires
Certes, la France dispose d'une structure trop dirigiste et trop centrée sur elle-même, la France croit être fille de révolutions et des Lumières, elle est imprégnée, emprunte de cet esprit de 1789, de 1848, elle est unique dans son genre, et n'est pas faite par une société ultralibérale, dans lequel le monde est plongé. Depuis la fin des années 60, le début des années 70, la France ne s'est pas renouvelée, d'où les crises sociales qu'elles rencontrent, elle n'est pas entrée dans le jeu difficile de la mondialisation. La littérature d'un pays, d'une culture ne peut être le reflet d'une société, même en crise d'identités et de valeurs. Si la littérature française ne s'exporte plus comme elle a pu l'être autrefois, si d'autres littératures se sont imposées, les français eux-mêmes sont prêts à reconnaître que la France est "en retard", qu'elle reste trop auto-réflexive, et que ses auteurs sont prisonniers de la crise qui s'est produite dans les années 60 (mort de l'auteur,...) Dans ce pays où l'auteur a été mis à mort, il est étonnant que la mode des auteurs soit de parler d'eux-mêmes. Typiquement français de parler de soi, de faire la leçon, et donc de faire école... A l'école de la République, la France cherche à rayonner, à se diffuser, force est de constater qu'elle échoue face aux machines de guerre anglo-saxonnes.
Aujourd'hui, la France ne s'exporte plus comme une valeur ajoutée, néanmoins, la force de la France, et d'une certaine manière, une partie de l'Europe, c'est de défendre la culture (elle est l'une des pionnières en matière culturelle : prix unique du livre, existent-ils des ministères de la culture aux USA?), et ce quelque soit sa nationalité, les films de Woody Allen fonctionnent mieux en France, en Europe qu'aux USA, les auteurs américains sont souvent plus lus en France, en Europe qu'aux USA,...
La France défend la culture comme une force sans pareille, et défend en Europe une politique culturelle que même l'Angleterre elle-même ne cherche pas à défendre...
Défend-elle une vieille Europe quand l'Angleterre propose une nouvelle Europe? Certains le pensent, notamment Roth, mais néanmoins, force est de constater que le débat est ouvert en France, mais doit être plus large, ouvert à l'Europe, que voulons-nous? que faisons-nous?
Et chez nous, à l'heure où notre pays périclite, notre seul foyer de reconnaissance, pour nous francophones, est-ce New-York, Londres? N'est-ce pas d'abord Paris...Et nous, ne sommes-nous pas construits en rapport ou par opposition à la France? Entre le monde, l'Europe, la France, la Belgique, que faire? et puis faut-il choisir... Faut-il être citoyen du monde, et de quel monde, ces questions dépassent la littérature, mais reconnaissons quand même que la culture française n'est pas prêt de mourir, seulement elle est en crise...mais il y a moyen de s'en sortir, regardons les belles initiatives éditoriales en bandes dessinées, ou même des éditions comme Acte Sud ou des petits éditeurs qui cherchent, innovent, proposent des nouvelles choses...Stagnation française, oui, mais mort de sa culture...c'est un peu fort!!!
Ecrit par : Pierre Jassogne | 02.12.2007
Ne faut-il pas plutôt sonner le glas de la culture nationale et annoncer la naissance de la culture mondialisée?
Mais laquelle? Celle du BigMac à New-York, à Ankara, à Tokyo et à Dakar ou celle du kébab, des frites, des sushis et des hot-dogs à Bruxelles? Demandez à Amin Maalouf.
Ecrit par : Simon | 25.12.2007
Les commentaires sont fermés.