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24.11.2007
Des trains, des chiens et Monte Cristo...
Compilation des présentations du premier café littéraire du 22/11/2007
"L'enfant brûlé" de Stig Dagerman (1948).
S. Dagerman est un auteur suédois, né en 1923. Enfant naturel, il est élevé à la campagne par ses grands-parents avant de rejoindre son père dans la capitale, où il entame bientôt une carrière littéraire.
Comme journaliste, tout d'abord, sympathisant avec les mouvements anarcho-syndicalistes, un engagement auquel il restera fidèle. En 1945, il est envoyé en Allemagne pour y faire un reportage sur la situation du pays vaincu. Loin de partager l'esprit revanchard des vainqueurs, il témoigne de l'extrême misère dans laquelle se trouve le peuple allemand, qu'il voit aussi comme victime du nazisme.
C'est aussi cette année qu'il fait paraître "Le Serpent": c'est le début de sa carrière d'écrivain, un écrivain rapidement encensé par la critique comme l'un des représentants de la nouvelle littérature suédoise.
D'autres livres suivront, d'autres succès, qui ne l'empêcheront pas de mettre fin à ses jours le 4 novembre 1954: il n'avait alors que 31 ans. Après avoir laissé un bref "testament" au titre emblématique: "Notre besoin de consolation est impossible à rassasier".
Cette disparition précoce pourrait le faire apparaître comme une sorte d'écrivain maudit, ce qu'il n'a jamais été: dans son pays, Stig Dagerman était un auteur célébré, il aimait les belles voitures, le foot, et les jolies femmes (sa seconde épouse est l'une des actrices fétiches de Bergman...).
Et pourtant, il laisse derrière lui une oeuvre sans concession, désespérée, certes, mais pas désespérante: Stig Dagerman, qui se décrivait comme "politicien de l'impossible", était un pessimiste combattif, que sa lucidité et son angoisse face au monde n'ont jamais empêché d'agir.
"Le thème central de mon oeuvre est l'angoisse de de l'homme moderne face à une conception du monde qui s'écroule (...) et je crois qu'une des possibilités de salut consiste à ne pas se laisser vaincre par son angoisse, ni à fuir devant soi-même, mais à affronter le danger les yeux ouverts."
Regarder les choses en face, au risque de s'y brûler, comme le héros de son roman de 1948, qui s'approche trop près de la flamme: "L'enfant brûlé".
Ce livre raconte l'histoire de Bengt, un tout jeune homme au sortir de l'adolescence, exigent, intransigeant, épris d'absolu qui va faire le deuil de l'enfance (avec la mort de sa mère) en même temps que celui de la pureté (l'amour fou et impossible) pour, après un suicide raté, accepter d'entrer dans le monde des adultes.
"On enterre une femme à deux heures"... ainsi s'ouvre le roman, sur une scène d'enterrement, l'enterrement de la mère de Bengt qui le laisse désemparé et révolté face à un père qui se mure dans un silence hostile. C'est une femme, Gunn, qui va briser ce tête-à-tête, et dont les deux hommes vont se disputer le coeur. Un amour impossible entre le fils et cette trop jeune belle-mère, qui s'achèvera dans le renoncement, peut-être moins le renoncement au sentiment amoureux que le renoncement à une certaine idée de l'amour, destructrice et auto-destructrice, qui brûle les amoureux et les coupe du monde.
C'est ce qu'apprendra Bengt, qui fera l'épreuve de cette brûlure, qui le fera souffrir - jusqu'à penser en mourir - mais qui le fera grandir aussi, le rendant au monde "car seul les enfants brûlés peuvent réchauffer les autres".
Ces personnages écorchés sont décrits sans pathos, dans un style simple et limpide, avec une grande économie de moyens, sans effets mélodramatiques. Dire beaucoup avec peu: c'est pour moi l'une des qualités des grands livres.
"L'enfant brûlé" est un livre désespéré qui, paradoxalement, donne beaucoup d'espoir: le genre de lecture dont on peut avoir besoin si l'on se retrouve tout seul, coincé sur une île déserte. Une situation qu'évoque d'ailleurs Stig Dagerman dans un autre roman, "L'île des condamnés" (une sorte de "Lost" avant la lettre!): un roman extrêmement noir, existentialiste, qui brosse un tableau sans concession de l'humanité (toutes nos petites faiblesses sont auscultées et décortiquées une à une), une humanité mise à nu à laquelle l'évasion dans la lecture n'est même pas accordée!
Voyageons donc toujours avec quelques bons livres dans notre valise, au cas où...
Laurence Brogniez
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"Océans" d' Yves Simon (1983)
Yves Simon, dont Michel Foucault a pu dire, après la publication de Océans, "il est un de ceux dont l'oeuvre aujourd'hui m'intéresse énormément, et sous toutes ses formes", fut romancier avant d'être auteur-interprète. Océans est une sorte de malle aux trésors, le jeune navigateur a tout, tout, absolument tout mis dans la malle, ses raisons et déraisons de vivres, ses vies au pluriel, ses amitiés, ses amours, ses pensées...Et, en prime, l'allégresse d'écrire, de "faire tenir" dans la malle l'univers de Léo-Paul Kovsky, dans le roman la planète d'Yves Simon. Ce roman, espèce de manufacture des rêves, raconte les aventures de ce Léo-Paul à Monterville, station thermale de l'est de la France, pour cet enfant tendre et fantasque, les océans sont de lointains mirages, de drôles de rêves... Récit de l'enfance, renaissance de l'adolescence, Léo-Paul rencontrera, après une longue fugue, l'océan, lieu poétique et géographique de toutes les imaginations, de tous les possibles. Dans cette ruée vers l'infini, Léo-Paul ne cessera de s'évader de son enfance, de l'est lointain, d'un père cheminot, d'une vie austère et sans merveille. Ce sera alors Paris, les petits boulots, les femmes, la violence, la littérature, le succès, mais aussi l'étrange, l'inquiétude, les voyages. Invitation au voyage, ce roman d'apprentissage et d'expérience montre la création, l'émergence d'un être vivant qui ne peut se réduire à une structure visible, mais représente une maille des correspondances qui unit tous les objets du monde. Même si les oeuvres d'Yves Simon se ressemblent beaucoup entre elles aujourd'hui (peut-être du fait de sa parisanisation), Océans résume l'esprit de cet auteur qui n'a jamais cessé que d'être entier dans les rumeurs du monde. Notons enfin que Le Voyageur magnifique, son sixième roman, a obtenu en 1988 le prix des Libraires. Le septième, La Dérive des sentiments, a obtenu le Prix Médicis en 1991. Pourquoi donc s'être arrêté à Paris, et ne pas avoir continué...
Pierre Jassogne
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"Transit-Express" d'Yves Simon (1975)
Inutile de revenir sur Yves Simon, chanteur-écrivain qui vient d'être présenté. Pour Yves Simon, les histoires sont partout : sur un route, dans un train, dans un café, ... elles sont inscrites partout et n'attendent que d'être racontée. Son livre Transit-Express est l'histoire de Marco A. qui un soir de vague à l'âme accepte l'offre d'un étranger rencontré dans un hall de gare : échanger ses clefs d'appartement contre un billet de train. Le voilà alors détaché tout d'un coup de tous ce qui touche à son quotidien. Depuis son wagon, Marco va réfléchir sur lui, sur sa vie, ... tout le long de son voyage allégorique. Allégorique parce que ce train dans lequel il monte sans but au départ et dont il ne connaît pas la destination ressemble étrangement au train du temps dans lequel nous aussi nous sommes montés.
L'écriture d'Yves Simon à la fois complexe et limpide est imprégnée de picturalité et de musicalité. Cet étrange mélange crée un langage qui retranscrit à la perfection les émotions d'un homme.
Même si le public l'a un peu oublié, la critique ne finit pas de louer cet écrivain talentueux qui continue à publier régulièrement ses romans et sortir des cd's. Son dernier album "Rumeurs" vient de sortir dans les bacs.
Nicolas Javaux
Autres livres présentés :
A. DUMAS, Le comte de Monte Cristo
R. BRAUTIGAN, La vengeance de la pelouse
D. ALBAHARI Globe-trotter
J. PREVERT, Paroles
K. ATKINSON, Sous l'aile du bizarre
F. KAFKA, Le procès
E. VILA-MATAS, Le voyage vertical
G. DEL GUIDICE, Le stade de Wimbeldon
15:55 Publié dans Café littéraire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Yves Simon, Café littéraire, Stig Dagerman





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