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01.11.2007

Jay McInerney - La Belle Vie

95293409c1e48851fad12a8f88377b87.jpgMon dernier coup de coeur littéraire a été assez inattendu puisqu'il s'agit du livre d'un auteur dont j'avais lu avec plaisir, mais sans passion, les précédents romans: Jay McInerney. C'est un auteur américain qui, dans les années 80, a été, avec Bett Easton Ellis, l'un des "golden boys" de la jeune génération littéraire. Dans ses romans, il propose des portraits acides d'une jeunesse dorée new-yorkaise, vaine et désabusée, qui cherche à oublier la vacuité et la frivolité de son existence dans la quête des paradis artificiels et des plaisirs éphémères. McInerney observe cette faune branchée et bigarrée d'un oeil d'autant plus lucide qu'il en fait partie: si la description est souvent très drôle, caustique, pleine d'ironie, le constat final est amer, et sous le vernis brillant des apparences, percent des questions existentielles plus profondes. Son univers rappelle beaucoup celui du cinéaste Gregg Araki, univers pop déjanté, bizarre, décadent, peuplé de marginaux et de freaks. Le livre le plus emblématique (et mon préféré) de cette période est Bright Lights, Big City (1984), qui raconte les tribulations d'un plumitif (l'auteur?) qui tente de se remettre d'une déception amoureuse en éprouvant divers remèdes: suicide professionnel, drogues, boîtes de nuit, et... littérature (voir le chapitre "De l'utilité de la fiction").

20 ans plus tard, on retrouve McInerney, et ses héros, qui eux aussi, ont vieilli. Dans son dernier roman, La Belle Vie, il redonne vie aux personnages de Trente ans et des poussières (1992). Deux couples qui semblent avoir réussi dans la vie: appartements luxueux, travail branché, amis célèbres, enfants adorables... Et pourtant, cet univers de magazine sur papier glacé va se fissurer, traversé par une onde de choc: les attentats du 11 septembre 2001. La grande force du roman est l'ellipse dont l'événement fait l'objet. De cette journée, on ne connaîtra que les retombées sur les destins individuels des personnages, dont le regard sur l'existence va être complètement bouleversé. Car ce jour-là, les existences parallèles de ces deux couples vont se croiser et les destins d'un homme et d'une femme, qui n'étaient pas destinés à se rencontrer, vont s'unir, peut-être artificiellement (par le caractère fédérateur du trauma collectif), peut-être brièvement (car cette relation est impossible), mais cette rencontre va ébranler les fondements de leurs vies de manière aussi radicale que les Twin Towers percutées par les avions, mettant à nu leurs frustrations, leurs peurs, leurs désirs les plus secrets aussi.

Après les paillettes des années 80, McInerney propose, avec La Belle Vie, un beau roman classique et profond, suivant une ligne claire jusqu'au dénouement inattendu... et bouleversant. Par certains aspects, l'auteur rappelle ici le Fitzgerald de Gatsby le Magnifique (autre tout grand roman!). Quand on sait que les auteurs américains suivent des cours d'écriture (McInerney a étudié avec le grand Raymond Carver), et que leurs éditeurs les renvoient souvent à leur copie, on se dit qu'en effet, le travail et le souci du lecteur paient et que, peut-être, le plaisir romanesque est à ce prix. Ce que beaucoup d'auteurs français semblent oublier aujourd'hui... Même les professeurs et les étudiants en littérature sont, avant tout, des lecteurs, et passionner le lecteur avide de plaisir est peut-être plus difficile qu'intéresser le spécialiste avide d'analyse. Même si, parfois, le plaisir peut aussi être au rendez-vous de l'analyse...

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