30.10.2007

Quoi qu'on en pense, c'est de la littérature !

1411e4f4b5ee7c1410ba0ecedba27184.jpg Certes, nous sommes en romanes, mais comme beaucoup, nous ne pouvons pas avouer que Zola, Proust, Robbe-Grillet, etc sont nos livres de chevet favoris. Tous reconnaissent avoir lu des polars de Simenon, des romans d'Amélie Nothomb, avoir un jour ouvert un livre de Marc Levy ou avoir apprécié la lecture du Seigneur des Anneaux ou Harry Potter. Oui, la littérature populaire fait partie de notre quotidien et nous en consommons tous les jours. Mais qui dit "populaire" dit qu'il faut nécessairement la marginaliser ? La superficialité de ces textes n'est qu'apparente : "la culture ne se borne pas à un florilège de connaissances académiques".

C'est ce que Daniel Fondanèche dans son ouvrage intitulé Paralittératures cherche à démontrer. Après avoir suivi une formation en littérature comparée, histoire et sociologie, Daniel Fondanèche s'est spécialisé en science-fiction (thèses, critique, nouvelliste, anthologiste, organisateur du « 4ème Congrès national de la SF française » en 1977) puis a entrepris une étude systématique des autres paralittératures. Sa participation à quelques colloques lui a permis de préciser sa pensée pour aboutir à la rédaction en 2005 d'un ouvrage qui fait le tour de plus de trente ans de lectures de l'ensemble de ces littératures : Paralittératures.

Dans cet ouvrage, Fondanèche veut nous encourager à percevoir les paralittératures ou littératures marginales au-delà de l'image d'une simple succursale de la littérature générale. Les paralittératures naissent vers le milieu du XIXe siècle, explique-t-il, de la conjonction de plusieurs événements. D'abord grâce à la reconnaissance du roman comme une forme littéraire, ensuite grâce aux nouveaux moyens de diffusions en enfin grâce au succès du livre bon marché ( Hachette). Aujourd'hui encore, elles continuent de vivre et de connaître un succès important.

Le but de Daniel Fondanèche n'est pas de discourir sur la notion de "valeur littéraire". Bien sûr, la société montre que l'on fabrique de toute pièce des auteurs comme n'importe quel autre produit marchand. Des auteurs sans talent peuvent se vendre grâce à de bonnes campagnes de marketing. Mais ce phénomène n'est pas propre aux littératures populaires, il vaut pour toute la littérature en général : "C'est 90% de toute littérature qui ne vaut rien" déclarait Pierre Jourde dans La Littérature sans estomac. La littérature "savante" ou "traditionnelle" n'est pas à l'abri de ces dérives !

Ainsi, en limitant le jargon rébarbatif, dans un style clair et avec simplicité, Daniel Fondanèche essaye de classer ces paralittératures en grandes zones d'influences tout en les replaçant dans leur contexte pour comprendre les éléments qui ont pu favoriser leur émergence. Il va alors distinguer différents types de paralittératures qui reposent toutes sur des "socles" communs. Il en distingue cinq qui constituent les cinq chapitres de son ouvrage : le socle spéculatif (le roman policier, le roman de science-fiction, le roman fantastique, l'utopie et le dystopique), le socle de l'aventure (le roman d'espionnage, le roman de western), le socle psychologique (le roman sentimental, le roman à l'eau de rose, le roman érotique et sa perversion : le roman pornographique), le socle iconique (principalement la bande dessinée mais aussi le roman-photo) et le socle documentaire (le roman historique, l'uchronie et le roman rural). Pour une description plus précise de chaque socle je vous renvoie aux introductions explicatives qui figurent au début des chapitres du texte de Fondanèche.

Le but de l'ouvrage est donc d'encourager la recherche dans ce domaine et de donner envie de les découvrir. "C'est souvent d'une richesse surprenante, ce qui incite à penser que le champ des connaissances des paralittératures n'est pas clos".
Il n'est pas forcé de chercher dans la littérature uniquement des exigences formelles. Elle est également là pour nous divertir, nous amuser tout en nous instruisant. Les paralittératures sont capables de remplir ces objectifs. Elles méritent donc aussi que nous leur portions un peu de notre attention.

D. FONDANECHE, Paralittératures, Vuibert, 2005

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