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21.10.2007
Les oubliés du Pacifique : John Fante

Loin des anthologies et des livres de référence, "Les oubliés du Pacifique" se propose de parler d'auteurs américains inconnus du grand public, et qui pourtant ont eu une influence considérable sur toute une génération d'auteurs...
John Fante
Maillon d'une filiation d'auteurs américains, allant de Mark Twain à Jack London, en passant par Steinbeck, Kerouac et Bukowski qui permit de le redécouvrir dans les années 70, John Fante (1909-1983) fascine par le côté brut de son écriture, sa sensibilité exarcerbée, la dimension universelle et spontanée qu'il donne à des problèmes quotidiens.
Fils d'émigré italien, John Fante naît au Colorado au sein d'une famille croyante et conservatrice. Son enfance de gamin des rues turbulent se fera au sein d'une école jésuite, où il découvrira douloureusement le besoin de liberté, la sexualité et l'écriture.
Dès son plus jeune âge, l'écriture le poursuit, et ses premières nouvelles attireront l'attention du rédacteur en chef de la prestigieuse revue littéraire The American Mercury, le célèbre H.L. Mencken qui publiera et soutiendra la prose du jeune Fante. Sa première nouvelle est publiée à l'âge de 26 ans, mais par orgueil et par goût de la mise en scène, il se fait passer pour plus jeune.
Son premier roman Bandini (1938) -largement autobiographique- nous fait suivre les pérégrinations du jeune Arturo Bandini, fils d'immigrés italiens, cherchant une place au soleil à partir de son Colorado natal. L'oeuvre est habile et élégante, et montre un Bnadini/Fante sûr de lui et de sa belle folie, sans hésiter tout au long du roman, comme dans sa vie, à travestir la réalité, pour lui donner plus de substance, de goût et de puissance. Et ce travestissement fonctionne à merveille: Bandini est une héros inimitable, toujours à la recherche de l'extrême dans ses envies, à travers l'art, la philosophie et bien évidemment, les femmes. Bandini constitue le premier quart d'un cycle autobiographique composé de La Route de Los Angeles, Demande à la Poussière,et beaucoup plus tardivement de Rêves de Bunker Hill.
A l'époque de Demande à la poussière (1939), Fante est encore un "gamin" impulsif et torturé, qui vient de s'installer dans une pension de famille tenue où il vit seul, envoie de l'argent à sa mère dès que tombe un cachet de l'American Mercury, prophétise le monde en étant sans cesse tendu entre deux abîmes: les femmes et la littérature. C'est en 1937 que Fante épouse une jeune éditrice, Joyce, puis publie Plein de Vie dont le succès lui ouvrira les portes d'une carrière de scénariste au cinéma à Hollywood. Cette carrière fut pour Fante un apport de gains financiers tout en regrettant la "cruauté bruyante" de son métier d'écrivain, métier qui ne le quittera jamais puisque à l'âge de 74 ans, malade, il dictera encore à sa femme Joyce les épreuves de Rêves de Bunker Hill.
Comme l'a rélevé Charles Bukowski, qui a toujours en Fante un maître qui l'a influencé sur son besoin d'écrire, l'oeuvre de John Fante est marqué par le goût de l'excès, de la provocation, de la remise systématique en cause des certitudes, des conventions. Fante/Bandini était un homme joueur, impulsif, toujours effrayé à l'idée de passer à côté de la moëlle de la vie, angoissé par le train-train ronflant - et gonflant - des gens heureux. Ce besoin de saveur a précipité l'auteur comme le personnage dans une vie troublée, infiniment riche, mais aussi invivable pour ses proches.
19:10 Publié dans Bunker de papier | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note



Commentaires
Je n'avais pas cette impression d'un Fante "oublié". Je l'ai lu il y a quelques années, et l'ai adoré (D'où cette impression, peut-être).
L'adaptation cinématographique de "Demande à la poussière" me semble être une preuve qu'on ne l'oublie pas justement. Les deux biographies qui lui ont été consacrées durant cette décénie en témoignent peut-être aussi.
Quelqu'un a-t-il vu le film ? Un avis ? On ne semble en tout cas pas avoir lésiné sur les moyens (Salma Hayek, Colin Farrell...).
Ecrit par : Isabelle | 11.11.2007
Evidemment que Fante n'est pas oublié, mais il a failli l'être. C'est notamment grâce à Bukowski qu'il a été réédité.
Et dans toutes les antholgies sur la littérature américaine que j'ai utilisé, il n'y figurait jamais, même pas en simple mention.
Comme il s'agit d'un auteur que j'apprécie énormément (comprenez j'en suis fan), j'avais envie d'écrire un article sur lui, et la manière dont il est parvenu jusqu'à nous est tout à fait particulière.
Quant au film, je l'ai vu récemment, une production américaine qui est passée un peu inaperçue mais qui est agréable à regarder, montrant à quel point Fante, comme Thompson étaient des écrivains-scénaristes de talent!
Ecrit par : Pierre | 13.11.2007
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