25.10.2007

La littérature en péril - Tzvetan Todorov

654b92b1e8515ee5d761037f563bf084.jpgDans un essai bref, Tzvetan Todorov attaque férocement les détracteurs qui osent dire que la littérature est en péril.
"Une conception étriquée de la littérature, qui la coupe du monde dans lequel on vit, s'est imposée dans l'enseignement, dans la critique et même chez nombre d'écrivains. Le lecteur, lui, cherche dans les oeuvres de quoi donner sens à son existence. Et c'est lui qui a raison."

En effet, deux conceptions de la littérature se font actuellement concurrence.
D'un côté, ceux qui réduisent la littérature à des jeux formels et ne lisent plus que pour déceler les "techniques narratives". Lui qui à longtemps travaillé aux côtés de Gérard Genette et Roland Barthes renvoie la responsabilité de cette assèchement aux formalistes et structuralistes car leurs influence a transformé la littérature en un objet langagier clos, autosuffisant et absolu. La littérature s'enfonce progressivement dans le sollipsisme dont l'une des variantes les plus récente est "l'autofiction".


L'autre tendance est représentée par ceux qui ne cherchent pas dans la littérature des qualités formelles mais un moyen de donner un sens à leur vie. Une évidence que l'on n'ose pas affirmer de peur de passer pour des amateurs aux yeux des érudits que Todorov n'hésite pas à mettre en avant. Il va même plus loin en affirmant que c'est une nécessité que la littérature devienne populaire : «Non seulement [les] romans populaires ont amené à la lecture plusieurs millions d'adolescents, mais de plus ils leur ont permis de se construire une première image cohérente du monde, que, rassurons-nous, les lectures suivantes amèneront à nuancer et à complexifier.» En effet, la littérature a d'autres fonctions que celles que lui prêtent les formalistes : instruire et plaire. Elle nous permet de nous confronter au monde sans risque, de faire nos propres expériences sans danger. Par exemple, les biographies nous nous font vivre la vie des autres. Les romans contribuent à notre formation au récit de vie. La littérature joue à la fois sur l’imagination, les émotions, les croyances et l’action.
Comme le disait si bien Jules Renard : "Chacune de nos lectures laisse une graine qui germe".


En conclusion, la littérature n'est pas en péril comme certains aimeraient arriver à nous le faire penser. Au contraire, elle est plus vivante que jamais. L'innombrable quantité de romans publiés pour cette rentrée littéraire 2007 ne viendra pas le contredire. A vous, à nous de choisir de quelle manière nous voulons percevoir la littérature. Soit la réduire à de simples critères formels qui serviront d'exemple pour illustrer des théories, soit comme point d'appui pour construire nos "[...]premières images cohérentes du monde".


T. TODOROV, La Littérature en péril, Paris, Flammarion, collection "Café Voltaire", 2007.

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Sources :

T. TODOROV, La Littérature en péril, Paris, Flammarion, collection "Café Voltaire", 2007.
A. COMPAGNON, La littérature, pour quoi faire ?, Collège de France/Fayard, 2006
J. RENARD, Journal 1894-1904 , Robert-Laffont, 2002

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