« La Beat Generation et l'Amérique des années cinquante | Page d'accueil | Le Bon Usage de la langue française »

16.10.2007

Introduction au neuvième art

2f36e5c5dc3ed864b5a760ff7a154f3d.gifLa bande dessinée a décidément gagné sa place dans le monde de l’art, elle est devenue le 9ème art. Elle a su en quelques dizaines d’années trouver sa place dans les foyers, parfois plus facilement que la littérature classique. Cependant, l’univers de la bande dessinée se révèle encore souvent méconnu au vue de sa richesse.


Pour les moins familier l’univers de la bande dessinée, je vous propose de découvrir ses origines et son évolution. Cela nous permettra en outre de nous familiariser avec les termes particuliers qui caractérisent le genre. Nous commencerons par les prémices lointaines et terminerons par la maturité, c’est-à-dire la bande dessinée telle que nous la connaissons actuellement.


Certains pourraient croire que la bande dessinée est récente. Et bien non, ses origines remontent à l’Egypte ancienne, en 1500 av. J-C. Les défunts Egyptiens étaient alors accompagnés dans leurs tombes par le Livre des Morts. Il s’agissait d’un rouleau de papyrus qui était lu par le prêtre lors des funérailles. Dans ce rouleau, on retrouvait des récits sous forme de bandes superposées dont les scènes étaient illustrées par des idéogrammes et dans lesquelles les Egyptiens avaient pris soin d’intégrer du texte.
Pour la première fois, le texte et l’image étaient liés pour raconter une histoire constituant les débuts de la bande dessinée.
Plus tard, après les Egyptiens, l’image continuera à garder son aspect narratif, mais les récits resteront muets car le texte n’y sera plus associé. Citons par exemple la fresque du Parthénon au Veme siècle av. J-C, la colonne Trajane en 113 après J-C.


Au début du Moyen Age, l’image reste encore dépourvue de textes, comme la tapisserie de Bayeux au XIe siècle, ou les vitraux narratifs des églises, jusqu’en 1370. Cette année est célèbre car l’apparition de l’imprimerie a favorisé l’usage du phylactère, c’est-à-dire, l’introduction du texte à l’intérieur d’une image et dans un emplacement spécifique. C’est à cette époque que nous retrouvons sur une planche xylographique, Bois Protat, utilisée à l’origine pour l’impression d’étoffe, le plus ancien exemple de phylactère.
Il s’agissait alors d’une banderole où les artistes moyenâgeux inscrivaient les paroles prononcées par les personnages d’un tableau.


Les bandes dessinées ayant la forme que nous connaissons aujourd’hui sont nées en Suisse, vers 1827, lorsque Rodolphe Toepffer (1799-1846) diffuse auprès de ses proches un recueil d’images calligraphiées Les Amours de M. Vieux Bois. Le recueil sera publié dix ans plus tard, suivant les conseils de Goethe, ami de Toepffer.
L’œuvre de Toepffer présente déjà toutes les caractéristiques d’une bande dessinée moderne, à savoir une narration découpée par scènes et un emplacement spécifique pour les textes.
Mais les œuvres plus tardives n’intégreront pas encore toutes les caractéristiques Toepffériennes tel le texte entièrement intégré à l’image, le cadrage ou l’angle.
L’image reste encore souvent muette, uniquement commentée par des sous-titres ou des légendes.


Aux USA, les grands quotidiens ont très vite adopté les bandes dessinées dans leurs pages de suppléments. Ainsi, ces hebdomadaires publient en 1826 les premières véritables BD : At the Atticus Alley rebaptisé The Yellow Kid de Richard F. Outcault et The Katzenjammers kids.
A noter que R. F. Outcault avait pris l’habitude d’intégrer le texte non pas dans des phylactères mais sur le personnage lui-même.


Le phylactère reste cependant encore trop souvent absent et les dessins sont redondants, illustrant plus un texte qui pourrait se suffire à lui-même, comme dans Bécassine. Le ballon, ou phylactère tel que nous le connaissons apparaît avec Les Pieds Nickelés (1908) de Louis Forton et sera généralisé par Alain Saint-Ogan et Hergé avec les remarquables Zig et Puce (1925) et Tintin au pays des Soviets (1929).
La bande dessinée moderne, telle qu’elle nous est présentée aujourd’hui venait d’être adoptée par les auteurs.


Après la première guerre mondiale, la diversification de la presse et des supports dans les années 30 sont un véritable tremplin pour la bande dessinée en Europe et aux Etats-Unis.
Aux Etats-Unis, l’absence de tradition culturelle spécifique fait de l’image un langage commun. Les suppléments des grands quotidiens touchent alors un très large public. Les comics ; des fascicules sous couvertures souples, s’adressaient à un public enfantin, comme à un public adolescent. On retiendra aussi l’œuvre de Winsor Mc Kay : Little Nemo, chef-d’oeuvre onirique et baroque. Au fur et à mesure, la bande dessinée continue d’évoluer l’on voit apparaître des héros, désormais incontournables tel que Mickey, Flash Gordon, …


En Europe, la loi française interdit les comics, ce qui a pour effet de permettre l’essor de l’école franco-belge, débarrassée de la concurrence américaine.
Cette école sera dominée par Hergé (1907-1983) qui s’entourera d’une équipe de dessinateurs de grand talent (Jacobs, Martin, Leloup). Le travail d’Hergé, dont la densité et la qualité ravissent le public, allait donner ses premières lettres de noblesse à la bande dessinée.
Les bandes dessinées sont, comme aux USA, publiées dans des suppléments de grands journaux comme Tintin dans Le petit vingtième, supplément du Vingtième Siècle.
Apparaissent alors trois grandes revues qui vont révolutionner l’histoire du 9e art : Le journal de Spirou, Tintin, le journal des aventuriers et Le Pilote
Ces trois journaux vont devenir incontournables dans le monde de la bande dessinée et lanceront une foule d’auteurs célèbres tels que Jijé, Franquin, Greg, Jean Graton, Uderzo, Gotlib, …


L’après-guerre fait évoluer les mentalités, dans les années 30, les auteurs belges et français dessinaient beaucoup pour des enfants, après la guerre, la bande dessinée s’adresse d’abord aux jeunes puis vers les années 70 aux adultes auprès de qui elle va connaître un succès grandissant.
Les créateurs se libèrent et explorent de nouveaux genres, de nouveaux styles. Naissent notamment Corto Maltesse (Pratt), Jonathan (Cosey), Thorgal (Van Hamme et Rosinski).
Le public s’élargit de plus en plus. Fin 1972 commence une exposition intitulée « Dix millions d’images ». C’est l’ébullition et la municipalité d’Angoulême décide la création d’un salon dont la première édition est inaugurée le 25 janvier 1974.


En 1980, la bande dessinée évolue et voit ses frontières s’élargir. Les auteurs accèdent à une diffusion internationale. Mais le phénomène le plus marquant de ces années fut probablement l’avènement des Mangas : ces héros japonais qui séduisent le public franco-belge. Nous assistons alors à l’invasion d’Akira, Dragon Ball, … qui sont aussi un genre nouveau de bande dessinée.
Parce que la Belgique est importante dans le monde de la bande dessinée et parce que la bande dessinée est importante en Belgique, un musée est implanté à Bruxelles. Nous aurons l’occasion d’en reparler par la suite. C'est donc en toute logique que, le 6 octobre 1989, les premiers visiteurs découvrent un temple dédié au Neuvième Art dont toute la Belgique parle : Le centre Belge de la Bande Dessinée.


1990 célèbre la généralisation de la bande dessinée, elle s’introduit partout, dans tous les foyers et perd sa réputation de « faux livres » pour adolescents incapables de s’intéresser à de vrais romans. Elle s’affiche désormais partout : cinéma, jeux vidéos, timbres, …
Le nombre de titres publiés chaque année augmente de plus en plus et les collectionneurs sont avides d’originaux, de dédicaces ou de gadgets.
La diversification du genre explose aussi. En effet, de nouveaux styles voient le jour. Les bandes dessinées psychologiques (Le combat ordinaire de Larcenet), l’héroïque fantaisie, (La quête de l'oiseau du Temps de Loisel)… par exemple, suscitent désormais beaucoup d’intérêt, mais le style traditionnel comme les westerns où les histoires fantastiques fascinent toujours.
La bande dessinée a su évoluer et s’enrichir au rythme de notre société. Elle a su aborder tous les sujets qui ponctuent notre vie et s’intégrer dans notre quotidien. Elle constitue désormais un genre littéraire qui n’a pas fini de se développer.


L’histoire de la bande dessinée est étroitement liée à la Belgique. En effet, depuis Hergé, la Belgique a vu naître plus de 700 auteurs de bandes dessinées. Aussi bien francophones que néerlandophones : Franquin, Jijé, Peyo, Vandersteen, Tillieux, … Elle peut d’ailleurs se vanter d’être le pays avec la plus forte densité de bédéistes au Km2.
D’autre part, la bande dessinée est le premier produit d’importation des maisons d’édition belges.
La bande dessinée s’est désormais imposée, elle est devenue un véritable phénomène social et se retrouve partout dans notre quotidien. Elle décore les murs des villes, les stations de métro, elle est utilisée dans la publicité, la sensibilisation, la prévention, … Elle est même enseignée et mieux encore sert à enseigner.


Nous constatons donc que la bande dessinée occupe une place privilégiée en Belgique. Comment expliquer cet intérêt particulier pour ce phénomène ?
Tout d’abord, parce que les Belges ont depuis toujours été fascinés par l’image, le développement de l’art pictural l’atteste . Le cinéma belge actuellement est très fécond ; les frères Dardenne, Benoît Poelvoorde, Olivier Gourmet, Cécile de France, Emilie Dequenne, …
La Belgique fut fertile en peintres de grand talent et autres artistes de l’image : Ensor, Folon, Magritte, Delvaux, Brueghel, … « Jusque dans les années 50, mis à part les Etats-Unis, la Belgique était le pays avec le plus de salle de cinéma au km2. »*


Une autre raison évoquée pour expliquer un ce succès serait une spécifique à notre pays. Il faut noter que dans beaucoup de conflits linguistiques, le meilleur moyen de communication est le dessin, aussi bien en temps de domination qu’en temps de paix.
Par étonnant alors de voir que le neuvième art trouve sa place dans un pays réputé pour ses problèmes de langues.
Enfin, comme le disait déjà Héraclite, une opposition donne toujours naissance à une chose nouvelle. Le conflit linguistique fut donc probablement un moteur pour le développement de la bande dessinée.
Aussi, des auteurs comme Willy Vandersteen (Bob et Bobette) ont vite su tirer profit des rivalités. Il publie ses bandes dessinées aussi bien français qu’en néerlandais, adaptant un peu ses héros pour plaire de chaque côté de la frontière et leur faire atteindre le succès et la renommée que nous connaissons à Bob et Bobette, autrement appelé Suske en Wiske

------------------------------------------------------------------------------

*in Le centre belge de la bande dessinée dirigé par Charles Dierick


Sources :

• B. PEETERS, Lire la bande dessinée, Flammarion, 2003
• DE LA CROIX A. & ANDRIAT F., Pour lire la bande dessinée, De Boek-Duculot, Belgique, 1992.
• DIERICK C. (dir.), Le centre belge de la bande dessiné, Dexia Banque 2000, Bruxelles,2000.

Les commentaires sont fermés.