« La "Beat Generation", une période unique en littérature | Page d'accueil | Introduction au neuvième art »
14.10.2007
La Beat Generation et l'Amérique des années cinquante

Les années cinquante sont marquées aux Etats-Unis par une croissance considérable de la richesse nationale, l’ascension de la classe moyenne et l’absence presque totale de revendications sociales. Le pays est dirigé par des hommes âgés qui prônent un conservatisme libéral. Toute déviance politique est sanctionnée, comme le montre la chasse aux sorcières orchestrée par le trop célèbre sénateur Joseph McCarthy. Socialement et culturellement, les années cinquante sont empreintes de conformisme, chacun s’efforçant de réussir sa vie dans le meilleur des mondes capitalistes possibles.
Toutefois, cette période que le poète Robert Lowell a appelée « the tranquilized fifties », voit naître un mouvement et une littérature en rupture avec le conservatisme de l’après-guerre. New York et San Francisco, où se retrouvent poètes et romanciers, sont les foyers de cette rébellion. Au début des années cinquante, autour d’un petit noyau d’étudiants de l’Université de Columbia, se rassemble un groupe de jeunes gens dont les aspirations politiques et culturelles vont à l’encontre de l’idéologie ambiante. Ces esprits contestataires vont former la Beat generation dont l’ambition, dépassant la sphère artistique, est de créer un homme neuf, le Beat ou Beatnik.
Allen Ginsberg s’imposera comme le poète le plus marquant du groupe. Son approche poétique fédère un temps toutes les sensibilités. La lecture de son grand poème, Howl, à la librairie City Lights de San Francisco, en 1955, est l’évènement qui fonde symboliquement le mouvement. Ses amis, Jack Kerouac et William Burroughs, de leur côté, bouleversent le roman pour le mettre au service des nouvelles visions beat. Dans l’atmosphère étouffante du conformisme de l’époque, ces jeunes gens, dont le mode fascine une partie de l’Amérique, vont apparaître comme « the Only Rebellion Around », selon les termes d’un des premiers articles qui leur est consacré dans Life Magazine en 1959. Ils désirent forger, assez loin de tout mouvement politique, une autre manière d’être, qui sera d’ailleurs à l’origine de la contre-culture des années soixante. Leur ligne de refus est assez nette, ils affirment leur désir de liberté sexuelle et prônent l’importance des expériences du voyage, de la musique et de la drogue. Ils valorisent les visions intérieures, et les visions d’y accéder, la révolte sous toutes ses formes, car elle représente pour eux l’expression d’un moi conforme à la véritable américanité, dévoyée par la grande consommation et les réflexes conformistes.
Les écrivains assignent au mot beat des sens multiples. À celui de « poor, down and out, dead-heat on the bum, sad » ( « pauvre, dans la dèche, hors circuit, clochardisé, triste ») donné par John Clellon Holmes, s’ajoute celui suggéré par Kerouac de beatific, qui marque le désir de la Beat Generation de trouver « a wild self-believing individuality » (« une individualité dingue, qui croit en elle-même »), ou plutôt de la retrouver car elle serait typique du caractère américain.
21:00 Publié dans Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur... | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



Les commentaires sont fermés.